Elle s'est donc retrouvée avec quatre morveux de trois, cinq, sept et neuf ans. Faut dire qu'elle avait un sale caractère tante Odile. Mais pourquoi diable a-t-elle épousé cet alcoolique fini dix ans avant de le jeter dehors? Un accident? Un mariage "obligé"? Un égarement? La peur de finir vieille fille? On ne le saura jamais et personne n'osera jamais lui demander non par gêne, mais par peur du sans-gêne d'Odile et de la diarrhée verbale qui en résulterait. Il y avait rupture de stocks de filtres à la naissance d'Odile.
Les deux extrémités sa progéniture en arrachent, comme si les deux enfants du centre avaient bénéficié d'une sorte de protection.
La plus vieille a sans doute toujours eu l'instinct du je-sacre-mon-camp-aussitôt-que-j'peux assez tôt dans sa triste existence. Cet instinct fait vieillir prématurément, si bien qu'à 12 ans, elle avait l'air d'en avoir seize. Seulement, le phénomène de vieillissement ne va pas en diminuant, si bien que ses quarante-cinq ans d'aujourd'hui lui font en font paraître au moins cinquante-deux.
Le plus jeune... ben à défaut de pouvoir sacrer son camp avant les autres, il suivait. Les plus téméraires, les plus cons, les plus vieux, les plus "wise", il les suivait tous et il apprenait, se faisait des images, des modèles. Bien entendu, le dernier resté à la maison avec une mère usée par sa vie de ménagère --parce que oui, quand on vit dans la misère, on va torcher ceux chez qui la misère ne se jette pas-- et d'éducatrice qui distribuait claques, taloches, coups de ceinture --parce que non, les canaux spécialisés sur la famille et le bien-être n'existaient pas encore et même s'ils avaient existé, ils n'auraient pu se les payer-- se trouvait, dirait-on aujourd'hui, un peu négligé.
Alors il a essayé. Plein de style, de modes de vie, d'attitudes. D'abord punk, mais personne ne le prenait pas au sérieux. Ensuite de retourner à l'école finir son 5, mais bon, quand on n'a jamais vraiment cru que l'école pouvait apporter quoi que ce soit pour ce qu'on veut faire dans la vie...
Puis un jour, il a découvert la muscu. Pour un excessif, un enragé, un insatiable, y a rien comme la muscu. Ça te vous sculpte un corps à faire peur aux crétins qui vous ont fait chier avant, quand vous étiez un chicot et ça en jette à la famille, aux copains et aux nouvelles connaissances qui vous voyaient comme un gars qui savait pas trop où il s'en allait.
En développant ses muscles, kevin s'est refait. Il s'est rebâti. En fait, il s'est augmenté. À la face de tous. De sa mère qui ne comprend pas trop pourquoi il fait ça, mais si ça le rend heureux... De soeurs et frère qui l'ont toujours vu petit et qui le voient, malgré son épaisseur, toujours aussi petit. Et de ses blondes qu'il ne garde généralement pas plus de deux mois.