samedi 27 août 2011

Déclutcher

On le prononce en anglais.

Quand j'ai fait mon cours de conduite, en 1985, j'ai décidé d'apprendre manuel. Mes parents me l'avaient conseillé parce qu'on avait un char "standard" --toujours prononcé à l'anglaise-- et parce que si tu sais conduire manuel, tu peux conduire n'importe quoi. Ça coûtait quelque chose comme 50$ de plus --ce qui constituait un montant appréciable à l'époque compte tenu que je me payais les cours de conduite en question-- et j'avais jugé que ça valait le coût.

Avant le cours, ma mère m'avait fait pratiquer sur notre Ford Escort 1984 quatre vitesse. La méthode était simple : Tu pèse su' 'a clutch pis su' l' break. Jusque là, ça allait. Mais l'opération d'après devenait complexe. Il fallait, dans une sorte de mouvement unique inexplicable --pour mon père ou ma mère en tout cas-- laisser la clutch enfoncée et lâcher l' break et aller su' l' gaz. Là, ça se compliquait : en même temps qu'aller su' l' gaz --pas trop vite-- il fallait lever la clutch et donner du gaz. Bien entendu, tout ça se terminait dans un saut de crapaud drôle au début, mais frustrant à la fin.

Les cours de conduite ont leur utilité dans ce cas-là puisque l'opération mal comprise et enseignée par la plupart des parents à leurs enfants --"si ton père chauffe mal pis qu'y t'apprends à chauffer, tu vas chauffer mal toé 'tou"-- relève d'un principe mécanique fort simple et patiemment enseigné par Guy, mon moniteur de conduite : le point de friction.

Pour m'initier aux départs avec l'embrayage, Guy m'amène dans le secteur le plus pentu de la ville et me demande d'arrêter là. Devant une maison où trônent sur le perron quelques quidams qui digèrent probablement leur souper. La pression est forte. Il m'explique le phénomène du "point de friction" et le met en application avec ses pédales magiques situées côté passager, auto-école oblige. Sur les quatre ou cinq départs qu'il m'a fait prendre, je crois que j'ai calé une seule fois. Je maîtrisais désormais, pour toute ma vie, le "déclutchage".

En auto.

Pour le reste, j'ai bien peur qu'on se brûle la clutch bien souvent tellement on cale ou pire, qu'on reste sur le point de friction.

Si seulement il y avait eu un Guy pour nous expliquer comment faire...

vendredi 26 août 2011

Comme ça, c'est la faute à ma mère!

Ah ben calvaire, j'aurais dû m'en douter!

Veux-tu ben m' dire c' qu'il lui a pris de faire des enfants? On était si aliénés que ça, dans les années soixante? Si la seule façon de sortir de la campagne c'était de se marier pis d' faire des p'tits, ben c'est pas fort!

Faut les aimer ces enfants-là! Sinon ça fait des bourgeois tristes qui cherchent leur môman toute leur vie!

Trop plein

Une vague. Un ressac.

Des effluves. Les garder précieusement.

Où tout ça mènera?

Laisser la dérive faire son oeuvre... ses ravage, sa construction.

Se souler. S'enivrer. S'exploser. Se poser, l'un dans l'autre.

Attendre que ça passe, que ça n'arrête jamais, que le destin oublie.

dimanche 21 août 2011

Dans tous les sens...

Les lèvres se touchent: un pizzicato; la musique arrive doucement, se fait entendre, l'air de rien, surgie de nulle part.

Je meurs chaque fois.

Je ressuscite dans cette enveloppe sensorielle, le plus confortable de cocons, le plus duveteux des refuges, je veux m'y lover pour toujours. Garder cette odeur, cette sensation de ton souffle, ce goût de ta peau, ces gémissements à peine perceptibles, cette sculpture sublime de ton corps entier.

Rester comme ça, des heures durant... des nuits durant, une vie durant.

mercredi 17 août 2011

Ce qu'ils en disent, eux...

Il a cette fausse impression d'être le premier à vivre un chagrin d'amour. Ou un espoir qu'elle revienne.

Il a surtout une irrésistible envie d'envoyer chier tous ceux qui lui disent qu'il doit l'oublier. Que si elle n'a pas fait son choix, lui doit faire le sien. Il ne veut pas entendre ça de la bouche de ceux qui l'aiment. Ils le disent de toutes les manières et surtout, pour son bien à lui. Pour qu'il cesse de se tourmenter au plus vite, qu'il redevienne celui qu'ils connaissent. Mais ils ne le connaissent que dans leur monde, pas dans le sien...

Selon Z, il doit se ressaisir. Il doit aller de l'avant : "Je l' sais qu' c'est dur, mais là, vient un moment donnée que tabarnak! Juste tabarnak, OK? Oui, c'est plate, mais faut qu' tu sortes de là. Il n'a pas tort.

A tente de le convaincre d'arrêter de s'accrocher. "Elle n'y croit pas à votre histoire", dit A. M dit la même chose, mais nuance un peu...

V le trouve carrément pathétique : "R'gard' là, c'est clair qu'à t'a pas choisi... son "non choix" est un choix et c'est pas toi, faque passe à autre chose. Fais-toi violence. Fonce ailleurs! Ris! Vis!" Ben oui... Et après? Ça se décrète tout seul, tout ça?

Pour J, il s'agit de laisser le temps faire son temps. Les failles sont possible, envisageables et il faut se les pardonner. J lui jure que peu importe ce qu'il fera, jamais le jugement ne cédera la place à l'amitié indéfectible.

E trouve que les jeunes comme A et V, du haut de leur 23 ans, ont des solutions bien faciles... des jugements à l'emporte pièce sur des situations qu'ils n'ont pas vécues...


J et E ont bien raison selon lui : comment juger, prévoir, attendre, programmer, espérer ou laisser tomber. Il n'y a qu'à vivre, comme dit V.


mercredi 10 août 2011

Préparé pour toi -- Ce qu'il reste de tout ça...

Un été à l'eau. De l'attente pour rien. De la frustration de ne pouvoir rien faire, pris que j'étais dans ce contrat. De la virtualité.

Des kilomètres de conversation par clavier, des heures de discussions vidéo, tantôt tendres, tantôt pénibles. L'espoir vain de te voir débarquer ici. L'énergie hallucinante de t'avoir vue deux fois en 56 jours. Une fois chez moi, une fois à mi-chemin. Je garde ce souvenir. Encore du virtuel...

La certitude que je t'aime. Que je peux encore aimer.

La certitude que tu m'aimes, même si tu veux cesser de m'aimer.

La certitude que tout ça n'était pas dirigé contre moi.

La certitude que le "timing" a le dos large...

La peur que ça ne revienne jamais... ou que ça revienne.

La peur de te dire : "Vas-y. Fais ton bout. Bonne chance. Je ne serai jamais bien loin. Et même si je suis loin, n'hésite pas à me héler... parce que je ne pourrai jamais t'en vouloir".

Des doutes sur ma capacité de me contenter d'être ton "ami".

La solitude.

L'absence de sexe. Du nôtre.

Une jalousie que je ne me connaissais pas; un mec qui est revenu dans ta vie --ne l'avait-il jamais quittée?-- et qui m'a empêché de te prouver que moi aussi...

Tu étais peut-être mon ange... ma fée... ma femme.

Laisse-moi le temps de m'y faire, je t'en prie. Laisse moi encore un peu m'imaginer plein de choses et laisse-moi me défaire peu à peu de toi.

lundi 8 août 2011

Préparé pour toi -- Coeurfusion

J'arrive, tu pars.

Le temps s'est joué de nous et nous lui avons donné raison...

Ton coeur, ton âme, ta raison. Tout se mélange, tout ce mélange...

Tu veux la place qui te revient. Tu veux des assises. Vas les chercher. Pose-toi puisque tel est ton désir.

Tout ce que j'ai a offrir : mon coeur, ma volonté, ma vie près de toi.
Sans toi, avec toi, peu importe.

Ce coeur, je te le confie. Il restera en toi comme tu aimes tant quand nos corps se mêlent.  Il restera bien au chaud, comme mon sexe dans le tien... comme il fait si bon quand nos corps, nos coeurs se mêlent.

Tiens-la, ma main... (Épilogue)

- Tu sais Papa ce que j'ai aimé le plus de notre voyage à New York?
- Le Hard Rock Café? (Ouais parce que j'ai payé 40$ de billets pour le Musée d'histoire naturelle où y se sont fait chier pendant 2h30 et la veille, ils ne voulaient plus décoller du mythique restaurant de Time Square où étaient exposés, entre autres choses, des artefacts des Beattles.)
- Non... c'est quand on est revenus en auto de Albany à Middlebury. Je trouvais ça cool. On a bien ri.

Colin a bien raison. Mes enfants sont dans l'adolescence. Malgré toutes les horreurs qu'on peut dire de cette période "ingrate", selon le cliché, je trouve que les échanges et les conversations ont davantage de potentiel intéressant que lorsqu'ils avaient 6, 8 ou 10 ans. Leur conscience du monde grandit et je peux y contribuer à ma manière; leur jugement s'affine et là encore, le rôle du parent peut s'avérer primordial. J'aime bien cette transition vers l'âge adulte et je crois qu'ils bénéficieront de ces moments que nous fabriquons ensemble.

Bref, nous avons bien rigolé pendant le retour. Première constatation: mon silencieux est bel et bien mort. Ça s'entend. Une fois sur l'autoroute, j'ai peur que ça se voit; je prie de tout coeur Saint-Christophe --le patron des conducteurs y paraît-- qu'un morceau de ferraille ne traîne pas sur l'asphalte, créant sa traînée d'étincelles. Malgré le kekling keklang que j'entends clairement, je me dis que ça doit bien tenir en place puisque personne ne me fait de grands signes. Mais les Américains sont si individualistes que peut-être ne se préoccupent-ils pas du sort des pauvres conducteurs qui perdent leurs morceaux...

L'aiguille de l'essence embrasse le E de l'indicateur. Colin, comme une femme, me dit qu'on devrait peut-être aller faire le plein. Comme un homme, je lui répond que nous sommes bons pour un bon trente kilomètres encore... mais comme il en reste plus de 200 à parcourir, j'arrête à la première station service venue. Inspection sommaire du silencieux : rien ne traîne par terre. Rassurant. Nous faisons le plein d'essence et de cochonneries à manger pour continuer ce périple qui nous mène de l'état de New York à celui du Vermont. J'ai la curieuse impression de rentrer chez-moi alors qu'il n'en est rien. Serais-je devenu Vermontois?

Arrivé dans l'état de la holstein, mon GPS me fait prendre un bizarre de chemin. De l'autoroute à la route fédéral, ça va. De la route fédérale au chemin de campagne ça peut aller également. Mais là, il me jette carrément dans un chemin de terre sans balises, sans indication aucune, sinueux et côteux à souhait. Il m'écrit que j'en ai pour une dizaine de kilomètre de ça. Bon... je lui fais confiance; après-tout, ne voit-il pas, comme un dieu, tout du ciel? Mais quand même, je perds un peu patience, surtout lorsqu'un chevreuil se pointe le bout du nez, attiré par les phares --et le bruit?-- de cet imbécile qui vient troubler sa nuit. Je lâche parfois en "Ben voyons donc, calvaire, quessé ça?" qui fait un peu rire les enfants parce que je les rassure en disant que nous ne sommes pas perdu grâce à ce con de GPS qui nous a fait passer par une "trail"... Mais tout de même. En plus, avec mon silencieux déglinguer, je ne sais pas comment je me sortirais de là s'il arrivait quelque chose : pas de maison, de ferme, encore moins de circulation. Rien. Le Tom-Tom --c'est le petit nom du GPS-- m'a envoyé dans la cinquième dimension et je n'ai qu'à espérer la traverser sans heurts. Ce qui finit par arriver. La bonne vieille Route 7 revient et là, je suis sûr que nous mettons le cap directement sur Middlebury.

Vers minuit, nous voici arrivé à bon port. Ça y est. Je l'ai fait. J'ai pu voir qu'il était possible de voyager seul avec mes enfants. L'exercice n'aura pas été vain. Malgré la fatigue, je trouve que ça valait le coup. Comme toujours dans ces situations-là je me dis : "Mais pourquoi j'ai attendu si longtemps avant de faire ça? De quoi j'avais peur? Pourquoi je ne me fais pas davantage confiance?".

Vaut mieux tard que jamais...

dimanche 7 août 2011

Tiens-la, ma main... (check it out!)

Il faut nettoyer la soue. Pas un centimètre carré de tapis visible dans ce petit espace couvert par les deux lits et le matelas par terre. On rassemble donc nos choses pour quitter ce drôle de nid qui, tout compte fait, nous aura bien servi de refuge pendant deux nuits.

Au comptoir, j'apprends que je dois deux jours d'utilisation Internet. 15$ par jour. OK. Respire mon homme. Primo, je me suis rendu compte assez tard que le wifi n'était pas fourni dans le forfait. Mais j'ai fait contre mauvaise fortune bon coeur en me disant que ça nous donnait un bonus sur les moments de repos. Mais j'avais bien dit aux gars de ne pas se brancher la veille. Eh ben la consigne n'a pas été suivie. Je tente de négocier en disant qu'une connexion était dédiée à mon ordi, l'autre à un iPod, rien à faire. Luz, la préposée, reste de marbre. Elle me montre la facture en me pointant quelques trucs avec son stylo du Milford Plaza, rien à faire. Je n'arrive pas à me retenir : 
- Well I guess I'm gonna bend over and take it!
- I charge it on your credit card, sir?
- Whatever...
Je n'aime pas être bête avec ceux dont ce n'est pas la faute, mais c'était plus fort que moi. Un peu comme les préposés au service à la clientèle par téléphone, ils doivent recevoir des trombes de merde et croire que ça ne les atteint pas jusqu'à ce qu'ils quittent ce boulot merdique.

Je ne suis pas un voyageur aguerri et pour tout dire, j'ai l'angoisse facile. Depuis hier, je me demande ce qu'on fera de nos bagages durant la journée. Oui parce que l'hôtel, bien heureux de nous accueillir à l'arrivé, nous demande de déguerpir avant midi le jour du départ. En fouillant un peu sur Internet --à 15$ par jour, faut ben trouver des renseignements utiles!-- j'apprends qu'on peut laisser ses bagages au sous-sol de l'hôtel avec un pourboire discrétionnaire. Parfait! Je file un 10$ au larbin pour qu'il place en sûreté nos trois sacs que nous récupérerons. Opération déjeuner pas compliquée : même chose que la veille. Avec un enfant psychorigide, y a rien comme la routine. 

Le projet du jour : Central Park et ce qui l'environne. Je décide qu'on s'y rendra à pied. J'entends un peu maugréer, mais j'explique que New York est une ville qui se marche. Nous empruntons donc la 5e Avenue beaucoup moins bruyante et chaotique que la 7e, mais néanmoins animée. Une vingtaine de minutes plus tard nous voici à l'orée de cet espace vert en pleine ville. Les gars veulent voir le Apple Store et je suis convaincu qu'il est sur la 64e rue. Alors on marche. Nous longeons Central Park pendant plus de 45 minutes et il fait aussi chaud que la veille et l'avant-veille. Deux bouteilles d'eau plus tard, nous sommes à la hauteur du MOMA et je demande à un vendeur s'il sait où est l'Apple Store: "À l'entrée du parc, sur Columbus!". Shit. On a marché tout ça, les gars sont déjà tannés et il n'est que 10h. La journée sera longue. Donc nous remontons les rues pour nous rendre dans ce drôle de cube blanc qui, tout compte fait, n'est qu'un magasin avec beaucoup de Mac, de iPads, de iPods et de iTrucs et de iMonde. À peine dix minutes et on a fait le tour. Décevant mais pas surprenant. Pour moi en tout cas.

Je décide de remonter le parc, mais par l'autre côté. Colin veut voir Strawberry Fields, la place où il y a une mosaïque appelée "Imagine". Je leur parle un peu de l'endroit du building devant lequel s'est fait assassiner John Lennon, etc. En fait, ça intéresse Colin et ça emmerde un peu Élie. Je sens de la tension. Petite photo devant la mosaïque et nous poursuivons notre chemin.

Prochain arrêt : le musée d'histoire naturelle. Il y a beaucoup de monde, mais on ne peut aller à New York sans voir au moins un musée... me semble-t-il. La file d'attente est assez imposante, mais on nous dit qu'il y a à peine vingt minutes d'attente. Parfait! Une fois les billets achetés, nous nous lançons dans le musée en commençant par le dernier étage : les dinosaures. Perso, pas grand intérêt. Oui, c'est super impressionnant et j'ai une admiration sans bornes pour ces paléontologues qui ont déterré des tyrannosaures et stégosaures à coup de pinceaux en les reconstituant comme des casses-têtes sans images, mais je me lasse vite de ces ossements. Et je n'ai pas tellement le coeur à jouer au guide, surtout qu'Élie me pompe de plus en plus l'air en nous suivant de deux mètres derrière et en regardant son iPod plutôt que l'expo. La fatigue se fait dangereusement sentir de toute part. Le musée est tellement grand qu'il nécessite une planification de visite, sinon on s'y perd et on se retrouve dans une section sur les Amérindiens, ce que nous connaissons un peu déjà. Même chose avec la flore et la faune de l'Est de l'Amérique du nord. À travers la fatigue et l'irritation, je n'arrive pas à m'orienter dans ce musée et la faim se fait sentir. Allons donc manger. Ça vaudra mieux.

Ici comme ailleurs, trouver quelque chose pour Colin relève du défi. Je réussis néanmoins à lui fabriquer une assiette qui a un peu de sens, après des discussion avec les responsables des cuisines, ce qui n'est jamais une mince affaire. Je donne 10$ à Élie pour qu'il se prenne quelque chose et je le vois revenir avec deux grosses pointes de pizza péperroni -fromage; il se plaint qu'il a mal à la tête depuis le matin et il s'avale de la pizza! Je sais bien qu'à 14 ans --presque 15-- la partie "jugement" du cerveau n'est pas encore tout à fait au point, mais là, j'explose. En vain. Il est temps que ce voyage se termine.

Je choisis le métro pour rentrer aller récupérer nos bagages. La ballade se fait bien, la climatisation du wagon refroidit un peu les esprits et je ne suis pas fâché de savoir que ce petit périple tire à sa fin. Nous reprenons nos bagages, marchons jusqu'à Penn Station et attendons le train prévu pour 19h30 qui part à... 19h30! Il y un peu de clarté à l'extérieur, ce qui nous permet de profiter de la vue du Fleuve Hudson. Le voyage se passe bien, sans anicroches, mais j'ai quand-même hâte de rentrer... même si je sais que nous avons 2h30 de voiture après les 2h30 de train.


samedi 6 août 2011

Variation future antérieure

Ç'aura été ce qui m'est arrivé de plus beau depuis si longtemps... l'impression de me sentir vivant, une fusion des corps comme je n'en ai jamais vécue.

J'aurai passé l'été le plus long de ma vie, la belle saison la plus lancinante, la plus longue, la plus éprouvante, la plus bouleversante.

Comment regretter d'être vivant?

J'aurai trouvé l'amour réciproque, le rare, le beau, le tendre. Si tendre...

Je me serai laissé aller à être amoureux fou, j'aurai exploré les arcanes sans avoir peur. Je n'aurai pas fait le tour.

J'aurai écrit des lignes et des lignes pour lui dire que je l'aimais. Je n'avais même pas besoin de faire ça; elle le savait. J'aurai fait des kilomètres de route, envoyé des fleurs, chanté par amour et je recommencerais si c'était à refaire.

J'aurai su trop tard que le destin ne voulait pas nous voir dans le quotidien. Je lui en veut un peu... Il aura pu nous empêcher d'être ensemble, il ne nous aura pas empêché de nous aimer.

Peut-être aurai-je compris trop tard qu'il fallait m'en éloigner? Je ne peux pas. Pas si vite, pas si sec.

J'aurai eu la certitude qu'on ne s'oubliera pas de sitôt. Ça, personne me l'enlèvera.

Tiens-la, ma main... (La journée de résistance)

Dans un cocon, on ne voit pas le temps passer. Ainsi, la nuit a fait place au jour sans qu'on ne s'en aperçoive et lorsque je regarde mon iPod, je constate qu'il est déjà 11h. Réveillez-vous les gars, on a une journée à New York qui nous attend!

Premier défi : trouver un endroit pour manger. Un restaurant de coin de rue offre un comptoir à salade, ce qui permet de constituer un semblant de déjeuner pour Colin qui, tout d'un coup, apprécie les pois-chiches! Ah bon! Tant mieux, belle découverte!

Le but de la journée : le sud de l'Île de Manhattan. Élie veut voir Ground Zero (je comprends pas trop pourquoi mais s'il y tient...) et moi je veux prendre le traversier qui mène à Staten Island (ya pas davantage de raisons valides que de vouloir voir Ground Zero, mais puisque j'y tiens...). Je veux qu'ils voient Canal Street, le China Town, la Petite Italie. Un gros programme en perspective.

Pour se rendre là, on prend le métro. Quelques interrogations avec les distributeurs automatiques plus tard, nous voici sur le quai pour notre métro. Un peu sinistre comme endroit, mais une fois dans les wagons, ça va. On est loin de l'image que j'avais des films des années 1970 - 1980 dans lesquels on voyait des wagons remplis de graffitis. Le système est étonnamment simple à NY et en quelques minutes, nous sommes sur Canal Street qui grouille de monde. La quantité de cochonneries à vendre est vraiment impressionnante. Ici, tout peut se marchander, mais je suis un très mauvais négociateur. Les gars sont impressionnés par la foule. Moi ce sont les odeurs qui m'impressionnent. Ce mélange de charbon de bois, d'épices moyen-orientales, de poubelles et de hot-dog rappelle toutes sortes de choses. La journée est torride et il fait déjà au-delà de trente degrés. Parfois, en passant devant une boutique, on sent une fraîcheur qui s'en échappe, comme si ou voulait rafraîchir le dehors, mais très vite, la pesanteur revient et on sent que la journée sera longue.

Je cherche un chapeau, mais je n'ai pas une tête à chapeau. J'en essaie de toutes les sortes; trop petits, ne tiennent pas. Trop de cheveux je crois. Il faut pourtant que je me mette quelque chose sur la tête sinon je cuirai, c'est certain. Je me résigne à acheter un ridicule chapeau style Guilligan, mais c'est bien en désespoir de cause.

Je propose aux gars de nous aventurer dans le quartier chinois. Les étalages de canards m'impressionnent toujours et j'ai envie de m'en prendre quelque uns.
- Pouah! Ça sent le zoo!
La réflexion d'Élie a quelque chose de vrai et d'authentique. Il s'y connaît puisque nous venons tous d'une ville de zoo. L'odeur est effectivement prenante, à se demander si ce qui se trouve dans les soupes n'était pas vivant pas très loin il n'y a pas pas très longtemps.

Élie cherche un cadeau pour l'anniversaire de sa mère et explique cela à la vendeuse chinoise qui ne peut réprimer un "Oooooooh!" admiratif. Elle lui montre son étalage de pacotilles et il finit par lui acheter un petit collier ou je ne sais trop. Arrêt dans un magasin de skateboard --planche à roulettes pour faire enrager mes ados-- donnant une occasion à Élie de se créer un besoin de "bearings", question de dépenser 40$ vite fait.

Il faut remplir les bouteilles d'eau; ingurgiter des litres et des litres d'eau sans aller pisser constitue assurément un signe de risques de déshydratation. Les vendeurs feront fortune aujourd'hui, mais je ne me résout pas à acheter de l'eau, ayant déjà lu que l'eau de la ville de New York est une des meilleures en Amérique!

Nous avons assez vu les marchands du temple, il est temps de continuer notre pèlerinage vers la pointe de l'île. Retour dans le métro et arrivée dans le secteur de Ground Zero. Un gros chantier. Oui, on peut s'imaginer les tours debout, l'impact que ça a dû être quand les avions sont entrées, mais tout ça relève un peu de l'abstraction quand même. Il y a un projet de mémorial, mais je n'ai pas tellement envie de m'y attarder. Je préfère qu'on admire les églises, l'architecture de ce secteur de la ville.

Nous marchons une dizaine de coins de rues pour nous retrouver dans Battery Park, un bel espace vert situé en pleine ville. Repos des jambe, ravitaillement pour le gosier et direction le traversier. Dans la foule qui attend, plein de Français et de... Québécois. Exotique à souhait. J'entends une guide québécoise expliquer à son groupe qu'il est préférable d'aller en haut, à droite dans le traversier, question de voir la Statue de la liberté. Je profite donc de ce conseil gratuit et sur le fleuve Hudson, nous profitons du vent et de la vue sur la ville pour aller à Staten Island. Petite pause pour manger là --tiens un autre 20$ envolé!-- et retour vers Manhattan dans un autre traversier. Cette fois-ci, les gars s'installe en avant, à la poupe. Une belle activité pas chère et agréable.

Au retour, nous voyons une sorte d'amuseur public qui joue de la batterie avec des objets hétéroclites. Seaux de plastique, grilles de four, casseroles, porte-serviettes de restaurant, tout lui sert à se confectionner un instrument qui sonne étrangement bien. Parfois, un enfant s'aventure près de lui. Il tend une baguette, l'enfant la prend, cogne sur un seau et le gars suit le rythme imposé par le petit. Le gars semble vraiment dans son truc et il suscite l'admiration. Je ne sais pas combien il récolte en une journée, mais il a assurément un beau spot pour exercer son art.

Nous décidons de retourner vers le notre hôtel via le métro. Nous y sommes en moins de trente minutes. L'hôtel devient une sorte de refuge, un chargeur à pile. Une occasion de se reposer le corps entièrement. La chambre est exiguë, mais elle est fraîche et nous permet de nous refaire un peu. Il est 17h et je sens qu'on a besoin de se poser un peu avant de nous dénicher un souper.

Nous ressortons vers 20h pour une soirée Time Square. Contemplative cette fois-ci. Pas comme hier alors que j'étais épuisé, lessivé et à bout de nerfs! Mais d'abord se trouver une place pour manger. En descendant la sur la 6e Avenue, nous tombons sur un restaurant Europa qui fait, entre autres, des pâtes avec les ingrédients de notre choix. Le cuisinier se prend une poêle et fait sauter le tout devant nous. Parfait pour Colin puisque nous pouvons contrôler ce qui entre dans la composition de la recette. Nous commandons chacun notre ration de nouilles à toutes sortes de choses, récupérons le tout, mais personne à la caisse. Eh ben! On paiera peut-être plus tard... Mais personne ne nous interpelle et nous sommes assez loin de la caisse enregistreuse. De plus, un imposant groupe de Québécois --décidément, pas moyen d'avoir la paix nulle part!-- vient d'arriver, ce qui crée un brouhaha autour de la cuisine et de la caisse.
- Bon ben les gars, on s'en va!
- On paie pas?
- Tant pis pour eux autres. Ils avaient qu'à être mieux organisés!
Nous filons à l'anglaise et marchons vers le prochain coin de rue. Le pas de Colin s'accélère. Il me dit qu'il a un peu peur de se faire rattraper. Je lui dit de ne pas s'en faire, qu'ils étaient déjà assez occupés comme ça et que de toute façon, on peut déjà se perdre dans la foule. OK, je sais que c'est un peu croche ce que j'ai fait, mais il s'agit d'une sorte de pied de nez à cette ville excessive en tout, y compris dans les prix pour la nourriture. J'ai économisé un bon trente dollars et en plus, on a pu manger assis à une table! Tout une aubaine!

Retour à la 7e Avenue, sur Time Square. L'effet ne rate pas. Élie regarde partout, un sourire étampé au visage. Il prend des vidéo avec son iPod de façon compulsive. La soirée est chaude --au-delà de 25 degrés-- et la foule est dense énervée, électrique. Colin me tient la main, comme quand il avait trois ans, cinq ans, six ans, neuf ans... en fait, il n'a jamais arrêté de me tenir la main. Maintenant qu'il a treize ans, du poil aux pattes et au menton et la voix aussi grave que la mienne, je ne sais plus trop quoi penser de ça. Mais dans les circonstances je comprends son besoin et je préfère qu'il me tienne la main que de le perdre. Tiens-là, ma main... je finirai bien un jour par regretter ce moment-là. Élie, lui, avance, fonce, se sent déjà New-yorkais. Je l'interpelle toutes les trente secondes, mais rien n'y fait. je dois donc expliquer le "buddy system" à mes fils : contact visuel constant, s'assurer que nous sommes tous là, s'attendre. Ça marche un peu, mais je sens que ça ne sera pas facile à maintenir.

Chaque coin de rue devient une aventure et nous croisons plein de phénomènes bizarres et étranges. Ici un noir de 6 pieds, musclé au possible, qui fait ses exercices sur le coin de la rue; il est torse nu et offre son impressionnante musculature en spectacle. Là un groupe de noirs que je soupçonne faire partie des "Black Muslims"hurle sa propagande au coin de la rue. La curiosité arrête quelque passants, l'indignation ou l'admiration en arrête d'autres, mais personne ne s'y attarde trop longtemps. Le "naked cowboy" apparaît, des amuseurs se trouvent un peu partout, c'est New York chaude, bouillante, en fusion.

Nous allons sur la place publique de Time Square nous asseoir dans les estrades qui servent d'aire de repos et nous contemplons. Je regarde mes enfants qui regardent la ville. J'ai un moment de fierté de leur offrir ce moment. Notre fabrique à souvenir fonctionne à plein régime et nous rentrons à l'hôtel, repus d'action et de dépaysement.

vendredi 5 août 2011

Cet amour (Jacques Prévert)


Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au millieu de la nuit
Cet amour qu faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vrai qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivant que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marble
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Lá où tu es
Lá où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.

Cet été

On la dit pourtant belle cette saison. Mais elle n'en finit pas. L'attente, l'espoir, l'extase, l'épuisement, l'anxiété se sont côtoyés pendant huit semaines. Pour arriver à quoi? Je ne le sais pas encore. Parfois j'imagine que toute cela n'aura qu'attisé la passion qui nous dévore et la rendra durable, solide, éternelle. Parfois je crois que tout cela, comme l'existence, est vain, absurde, ne connaît pas la raison et que le feu s'éteindra lentement, mourra de sa belle mort.

J'aurais tant voulu un été à s'attendre, à se vouloir, à se désirer... Je l'ai eu, mais l'issue ne m'appartient pas.

Qu'y a-t-il de l'autre côté du mur? Nul ne le sait. Même pas elle je crois. Que nous réserve la raison, le destin, le sort, l'impulsion?

Le temps, lui, aura fait son oeuvre. Il se sera écoulé comme il le fait depuis toujours et comme il le fera pour l'éternité. Inexorable, il avance, passe à travers tout ça, comme une force tranquille.

Jamais, jamais je n'aurai tant désiré, voulu, aimé. Est-ce la faute du temps qui menace? Je n'en sais rien. Je sais seulement que cet été restera à jamais gravé dans ma mémoire.

mercredi 3 août 2011

Tiens-la, ma main... (L'arrivée)

Les deux heures trente de train se sont transformées en trois heures. Le confort est très relatif et le jour descend vite, si bien que rapidement, nous basculons dans l'obscurité. Sauf que les néons du wagon restent allumés, ce qui énerve Colin qui demande s'ils les éteindront. "Probablement" que je réponds, mais sans trop y croire parce que j'entends dans un américain des plus nasillards : "Prochain arrêt dans environ vingt minutes. Veuillez sortir vos billets... etc. etc.". Les lumières resteront probablement allumées.

Pas d'Internet à bord. Tant pis. On peut lire, jaser, dormir... mais je suis trop exténué pour dormir et la banquette n'offre pas vraiment de confort pour ce faire. Je choisis donc d'attendre. Que le temps passe. Qu'on arrive.

Petite visite au wagon restaurant qui vend son sac de chips 3$ et sa bouteille d'eau 4$ et flop! un autre 20$ de parti! À mesure qu'on approche de la ville, les tunnels se font plus nombreux, les ralentissements également.

Nous voici donc à Penn Station. Et sortant du train nous étouffons. Vite! S'extirper de ce sous-terrain au plus vite! Sortie de la gare sur la huitième avenue.

Premier choc : le monde. Il y en a partout. Beaucoup. Ça grouille de monde. Je dois repérer l'hôtel : 700 Huitième Avenue. Je ne suis pas un champion de l'orientation et je me méfie de mon intuition. Je me risque donc dans une direction sans en être tout à fait convaincu. Ça va, les adresses montent.. nous sommes à plus ou moins 400. On marchera un petit moment encore, avec nos bagages, à travers la foule.

Second choc : l'odeur. Ça sent franchement les vidange dans cette rue. Il est passé 23h et les commerçant balancent tout sur le bord du chemin et on marche à travers ça. Mais ça sent davantage que les ordures... ça sent le vomi. Comme si les restes de bouffe dans les sacs avaient commencé à s'auto-digéré... C'est frappant, écoeurant, mais on est à New York! On avance... nous avons passé les 600 et mon sac se fait lourd, comme la température qui n'a pas descendu. Il faut au moins 30 degrés malgré la nuit. Nous y voilà: 700. Le Milford Plaza Hotel. C'est ici que j'ai claqué 400$ à distance il y a deux semaines. On devine rapidement qu'il s'agit d'un énorme hôtel, mais qu'on n'est pas dans le luxe, loin de là. Qu'à cela ne tienne, je voulais ça central, ça ne peut l'être davantage! Je dis aux gars, qui crèvent de chaleur et de fatigue eux aussi, qu'on se lancera dans la piscine aussitôt qu'on aura déposé nos bagages dans la chambre.

Troisième choc : l'hôtel.
- Vous avez demandé une chambre avec deux lits jumeaux".
- Oui madame, c'est exact"
- Mais vous êtes trois?
- Où est --plutôt qui est-- le problème?
- C'est qu'il n'y a que deux places. Ce sont des lits simples.
- Oh! Ben... Z'avez pas des chambres avec des lits doubles? Je paierai le supplément...
- Non Monsieur, c'est complet.
- Bon ben... pas le choix. On fera avec... Et la piscine est où.
- On n'a pas de piscine Monsieur.
OK. Restons zen. Voyons ça comme une petite aventure qu'on vit entre gars. On s'organisera bien! On patentera quelque chose pour qu'un d'entre nous couche par terre... pas plus compliqué que ça!

Quatrième choc : la chambre. On monte neuf étages. En entrant dans la chambre, un petit corridor de deux mètres, un placard à droite, une salle de bain à gauche et la pièce, avec ses deux lits simple. Pas de canapé, de petit bureau... deux lits simples, une télé à tube devant, à peine de l'espace pour circuler et une  table de nuit séparant les deux lits qui n'a même pas de bible dans le tiroir! Décidément, nous sommes tombés sur un drôle d'hôtel. Une unité murale de climatisation semble fonctionner à peu près, mais ça n'a rien du frigo.  Solution dodo : on retire un matelas qu'on met entre les deux lits et Élie se sacrifie pour dormir sur le sommier... J'essaie de lui arranger quelque chose, de réunir toutes les couvertures qui ne serviront pas pour attendrir un peu sa couche... il semble s'en accommoder assez bien. Je sens qu'il sait que je suis un peu à bout, que son frère, plutôt psychorigide, refusera de coucher sur du "dur", alors il accepte de se sacrifier. C'est vraiment un chouette garçon... et c'est vrai que je suis un peu à bout, mais tout de même, j'ai envie qu'on sorte : nous avons faim et les sandwiches de Rensealer sont bien loin.

Cinquième choc : Time Square. Quand j'y suis allé pour la première fois il y a deux ans, j'ai été ébloui, impressionné. La même chose est arrivée aux enfants. Élie prenaient des photos avec son iPod et il avait un grand sourire d'accrocher au visage. Je l'entendait se dire, dans sa tête: "Ayoye! Quand j' vas raconter ça à mes chums! Quand y vont voir mes photos!". Après quelques minutes sur la septième, je me met en quête de nourriture.

Les allergies alimentaires de Colin nous empêchent de nous agripper un kebab ou un hot-dog sur le coin de la rue. Bien dommage! Nous prenons une rue au hasard et tombons sur un resto où on vend du poulet BBQ. Habituellement ça ne cause pas trop d'ennuis pour les allergies, mais je veux être sûr de mon coup. Alors je discute avec le gars au comptoir du take-out, un Indien à l'accent très fort. Je lui demande des renseignements sur le mode de cuisson, sur les ingrédients... on finit par se comprendre à peu près et je commande mon demi-poulet. Il encaisse --un autre 20$ prend le bord-- et nous donne un numéro. Il y a une impressionnante circulation dans ce resto à deux étages. Ça entre, ça sort... en groupe de jeune qui font beaucoup, beaucoup de raffut... On attend un bon 20 minutes sur une banquette de bois, dans l'entrée du resto. Finalement, la poule arrive. Direction hôtel, mais Élie, voulant un peu d'exotisme, veut absolument aller au... McDonald's! "Quoi? T'es dans Time Square pis tu veux aller au McDo?". Ça a l'air que oui. Il est près d'une heure du matin et je n'ai pas la force de m'obstiner. Vas-y te le chercher ton trio shit-burger...

Nous rentrons à l'hôtel et nous mangeons, Colin et moi notre poulet, Élie son McDo assis chacun sur notre lit. La scène est un peu surréaliste, mais néanmoins reposante.

Douche obligatoire pour tout le monde et on éteint tout.

mardi 2 août 2011

Tiens-la, ma main... (Le départ)

Pendant toute la semaine qui a précédé notre voyage à New York, j'ai regardé régulièrement les formulaires de réservations de l'hôtel et du train. Hôtel Milford Plaza... où déjà? 8e Avenue coin 44e rue. OK. Penn Station est sur la 8e Avenue, coin 36e rue. Ça se marche bien. Google Map me dit que ça prends 15 minutes à pied. On est bons! On arrivera en plein dans le feu de l'action et les gars en auront plein la vue dès le départ.

Le train est à 6h15. On peut donc partir après dîner, vers 14h... on arrive à Albany vers 16h30, à 17h --il y a peut-être de la circulation, qui sait... c'est la capitale de l'État de New York après tout!-- on récupère nos billets tranquillement et au pire, on attendra un peu! "On ira voir passer les trains" comme disait Brel dans "Les bonbons".

Il fait chaud. Horriblement chaud. Alerte à la canicule dans les médias et le collège demande de régler les climatiseurs à 21 degrés, pas moins. Ils ferment même la climatisation de certains bâtiments à la demande de la compagnie d'électricité de l'État. C'est du sérieux. On entre les bagages et on part dans cette chaleur suffocante. Qu'importe, on a la clim dans la bagnole!

Les deux heures trente d'auto se font assez bien grâce au GPS, mais je sens que je fais de plus en plus de bruit; c'est officiel, mon silencieux ne silence plus. Dans quel état se trouve-t-il? Je n'ose pas aller voir. De toute façon, je veux arriver à la gare le plus vite possible pour me stationner. En fait, la gare n'est pas à Albany, mais à Rensealer, une banlieue. Je laisse la voiture assez loin de la gare comme telle pour six dollars par jour. Raisonnable! Allez, on sort nos sacs et on se dirige vers le terminal. Je suis tout fier de sortir ma petite feuille avec un code à barre pour la faire numériser par une machine qui me crachera les billets! Biiip. Rien. Biiip. Encore rien... Bon... allons voir au guichet.

- Monsieur, votre train était prévu à 16h15 et il est déjà parti depuis une bonne heure.
- Quoi?
- Ben oui, regardez, là, sur votre feuille! 16h15, départ.

Les Américains ne fonctionnent pas tellement avec ce système de 24 heures. Ils préfèrent généralement dire 4h15 PM. Alors moi, le con, pendant toute la semaine, j'ai lu 6h15 au lieu de 16h15.

- Oui... bon... (J'ai Colin qui capote à côté) mais y a bien un autre train qui part plus tard pour New York, non?

Et là, la personnalité de celui ou celle qui peut potentiellement arranger le problème entre sérieusement en jeu. Je me rappelle cette fois où j'ai fait réparer un tuyau de renvoie dans mon plafond de salle de bain. Le plombier qui travaillait là-dedans sacrait, disait "ostie, ça marchera pas ça... Ouain ouain ouain.... pas évident d'avoir une aut' pièce de même... ça s' fait p'u ça fait longtemps". Si bien qu'à le regarder, on aurait cru que rien ne sera plus jamais drainé dans la maison. Que j'étais condamné à jeter mes eaux usées par la fenêtre. Le guichetier de Rensealler faisait donc comme le plombier, mais avec son ordinateur : "OK... minute... Clac clac clac clic... mmmmmmm non... ça marche pas ça... Ouais... Ah non. Non. À moins que..." TABARNAK, tu me l' diras quand t'auras réglé l' problème! En attendant, trouve, merde!

- Le prochain avec trois places de disponibles part à 6h45.
- J'imagine que je dois payer un supplément?
- Clac clac clic mmmmm mmmbon... Oui. 75$.

Rendu là, on ne se pose plus de questions et on paye. Mais il n'est que.... 5h30. On en a pour un bon bout à sécher ici. Je décide de faire contre mauvaise fortune bon coeur puisque bon, 18h45, c'est seulement trente minute de plus que ce je croyais au départ. Donc on s'en sort pas si mal au bout du compte. Si seulement on était dans une ville, on pourrait sortir, mais il n'y a rien autour de cette gare. Rien. Alors allons manger. En fait, allons nous faire arnaquer avec des sandwiches infects à 7$ et des salades fanées tout aussi dispendieuses. Et Colin qui ne peut rien manger à cause des restrictions alimentaires. Et même là, parfois je trouve quelque chose et il n'en a pas envie. Puis-je lui en vouloir? Non, mais tout de même, ça met un obstacle de plus à l'existence.

Donc vingt minutes et vingt-cinq dollars plus tard, nous voilà en attente pour le train de 18h45. On s'assoit et heureusement, nous avons chacun un jouet électronique pour nous amuser, prendre nos messages --au moins on a le wi-fi gratuit-- passer le temps comme on peut. Mais qu'il est long quand on attend. Interminablement long. Et dehors, il fait toujours aussi chaud.

Le chef de gare donne un bon spectacle. Il se promène de long en large de la salle d'attente et de temps en temps il prend son micro. Il me rappelle une des rares fois où j'ai été dans un club de danseuses nues; le portier était également l'annonceur. Il faisait entrer les clients, récoltait le pourboire après avoir désigné la table, appuyait sur le bouton "on" de son micro et annonçait : "C'était pour vous messieurs la délicieuse Shanny! Et maintenant, accueillons la succulente Maureen! On vous rappelle que pendant le spectacle de Maureen, le fort est à trois dollars!" Le chef de gare faisait un peu la même chose avec des intonations dans la voix en donnant des informations sur les arrivées et les départs des différents trains.

Et justement, il y avait des changements à cet égard. Comme il faisait très chaud (près de 40 degrés), le chef de gare nous apprends que les trains doivent rouler à basse vitesse ce qui occasionnera, on s'en excuse, quelques retards. En consultant le tableau des arrivées et des départs, je constate qu'on annonce quinze minutes de retard pour notre train. Bof. Pas si mal... mais à peine quelques minutes plus tard, c'est vingt minutes, puis une demi-heure, puis trois quart d'heures... Les retards des différents trains s'accumulent et les voyageurs également. De quelques-uns, nous passons à plusieurs dans la salle d'attente.

Les gars sont patients. Colin est anxieux et moi je fulmine. Je fulmine contre moi, contre mon mauvais sens de l'organisation. J'en viens même à me dire que j'ai sans doute voulu --inconsciemment bien sûr--
saboté ce voyage.

C'est finalement après une heure quinze de retard que le train pour New York arrive.

Nous montons et... déception. Je m'attendais à voir des banquettes face à face avec une table (on peut rêver!) mais non! Un vulgaire wagon dont l'intérieur ressemble à un non moins vulgaire autobus de voyageur. Quelqu'un m'avait dit de prendre un siège à droite pour voir le paysage puisque ce train longe le fleuve Hudson. On a bien réussi à se faufiler à droite... mais entre deux vitres. Donc pas moyens de rien voir. De toute façon il se faisait tard et le jour tombait.

On s'assoit donc sagement chacun dans sa banquette, le train se met en branle et nous voilà parti pour New York.

Là, juste ici

J'inspire, elle est là. J'expire et il en reste toujours une trace. Elle m'habite. Je la veux, je la prends, nos souffles se mêlent, mais ils ne sont qu'une idée puisqu'elle est loin. Pourtant elle est là. Dans chaque pas, dans chaque geste, dans chaque molécule...

Tiens-la, ma main... (Comment tout ça n'a jamais commencé)

Je n'ai jamais vraiment eu de vacances avec mes parents. Oh bien sûr, aller chez mes grands parents les fins de semaine, quelques jours l'été, partir chez des amis et coucher là, oui... mais des vrais vacances dans le genre on fait les valise, remplit l'auto et on part pour une semaine en camping, non. Pas de souvenirs en tout cas.

En fait, je crois sincèrement que ma soeur et moi étions une forme d'embarras pour nos parents. Bien sûr qu'ils ont fait du mieux qu'ils ont pu, qu'ils n'étaient pas de "mauvais parents", bien au contraire, mais cet aspect de la cellule familiale n'a jamais été tellement valorisée chez moi. Et puis pour se payer des vacances, ne serait-ce qu'une semaine en camping, il faut l'argent et ça, il n'en pleuvait pas. Nous n'avons jamais souffert de quelque carence que ce soit, mais j'ai su très vite que nous  ne faisions pas partie de la classe des nantis. Et y avait le temps. Les vacances de mon père, c'était deux semaines par année... quand ça faisait au moins un an qu'il travaillait au même endroit, ce qui était rare avant les années 1980 parce qu'il y avait tant de travail disponible qu'il pouvait changer à sa guise pour quelque chose de mieux et après parce qu'il y a eu la crise de 1982 pendant laquelle il alternait le chômage et les petits emplois surnuméraires.

Mon père a fini par se trouver un travail stable et relativement payant comme routier. Au début il faisait des voyages d'un jour, mais rapidement il est passé au longues-distances. Des voyages de trois jours. Parti le dimanche soir, revenu le mardi, reparti le mercredi matin et revenu le vendredi. Ma mère semblait s'accommoder assez bien de la situation; elle organisait sa vie non pas de femme au foyer, mais de femme autonome. Elle tenait un petit salon de coiffure clandestin --tellement drôle cet épithète-- à la maison et s'occupait de l'entretient intérieur et extérieur de notre modeste maison mobile. J'ai su très tard qu'en fait, elle s'ennuyait parfois, trouvait cela difficile quand mon père partait. C'était notre réalité et on vivait avec sans trop savoir comment les parents la vivaient.

Je n'irais pas jusqu'à dire que nous étions de trop, comme enfants, mais j'ai la ferme conviction que mes parents on eu des enfants par automatisme. Comme ils se sont mariés par automatisme, parce que c'est comme ça qu'il fallait procéder si on voulait ne pas finir ses jours seuls. S'aimaient-ils? Avaient-ils eu d'autres expériences amoureuses avant de se connaître? Je ne l'ai jamais su et ne l'ai jamais demandé. Mais je doute qu'ils aient beaucoup vécu. Ma mère sortait de sa campagne à 18 ans pour suivre un cours de coiffure dans une ville moyenne et mon père n'avait pas fini son secondaire et cumulait déjà beaucoup de petits métiers à 19 ans. Ils se sont rencontré, fréquenté, marié. C'est tout ce que j'en sais. Croyaient-ils qu'ils étaient faits l'un pour l'autre? Avaient-ils de grands projets ensemble? J'en doute. Tout ça relevait d'une fatalité qui n'avait rien de tragique, mais d'une fatalité tout de même.

Il paraît que j'étais un enfant "facile". Mais aussi facile soit-il, un bébé demande beaucoup. Encore davantage à deux jeunes démunis sur le pilote automatique de l'existence. J'ai su, il y a quelques années déjà, que mes parents étaient partis en vacance quelques jours et qu'ils m'avaient fait gardé chez mes grands-parents, à la campagne. Ma grand-mère m'a dit que j'avais deux semaines. Deux semaines. C'est jeune. Ma grand-mère m'a raconté ça pour expliquer l'eczéma excessif dont j'ai souffert toute mon enfance et une bonne partie de l'âge adulte et dont mon fils cadet souffre également. Deux semaines. Sans vouloir être mélo, je crois que j'ai souffert d'un traumatisme d'abandon qui ne m'a jamais quitté depuis. Ma grand-mère étant un véritable paquet de nefs, cela n'a dû en rien aider à passer à travers ce séjour.

Ils avaient besoin d'être seuls. De se retrouver. C'est normal. Mais à deux semaines? On voyait vraiment les bébés comme des tubes digestif qu'il faut nourrier et auxquels il faut changer les couches de temps à autre à cette époque. Toujours est-il qu'ils les ont pris leurs "vacances sans enfant" et après, c'éatit le retour à la vie normale. Après ça a toujours été la même chose : ma soeur et moi nous faisions garder par mes grands-parents pour qui, en tant qu'agriculteurs, le concept de vacances n'existait pas.

Passer des vacances "en famille" relève donc pour moi de l'abstraction la plus totale, si bien que lorsque j'ai eu des enfants, je me demandais bien comment on s'y prenait pour ce faire. Leur mère et moi étions étudiants, avions des horaires très variables et travaillions l'été, donc encore ici, partir en vacances ne me manquait pas. En fait, ça m'arrangeait plutôt; comme je ne savais pas comment m'y prendre, notre situation financière précaire me fournissait la voie d'évitement rêvée pour éviter de me confronter à cette corvée. Parce que c'est ainsi que je le voyais: une corvée. Une sorte de déplacement de sa misère, surtout avec deux bébés. Je ne voyais pas où était ce fameux "temps de qualité" dont on parle tant dans les magazines de psychologie enfantine. L'idée d'organiser des sorties en camping ou même chez des amis, à l'extérieur, me terrorisait; enfants qui dorment mal et parents qui dorment mal, fatigue, tout ça pour quoi? Pour se "reposer"? Mon oeil!

Seulement voilà. Mes enfants ont grandi, je ne suis plus avec leur mère depuis 10 ans et je n'étais toujours pas parti avec eux en vacance. Je n'ai jamais vraiment organisé un voyage. Nous avons bien passé des journées au parc aquatique l'été, fait des sorties au zoo, été à la "roulotte" de mes parents qui était à la campagne, chez ma soeur, mais tout ça se faisait dans un confort relatif et un encadrement assez habituel.

Depuis quelques années, j'avais trouvé le compromis idéal : travailler à l'extérieur de chez moi l'été tout en amenant mes fils avec moi. Pour eux, c'était un peu exotique et moi je n'y perdait pas au change; j'étais payé pour passer l'été sur un campus universitaire au Vermont. Le décor est enchanteur à souhait, si bien qu'on se croirait dans un roman de John Irving, l'endroit est hyper sécuritaire et les activités y sont abondantes. Cependant, ce ne sont pas de vraies vacances puisque j'y travaille... Mais bon, le compromis est un peu là tout de même.

Cette année, j'ai décidé de faire le grand saut : partir trois jours avec mes fils à New York. Pour moi, c'était énorme comme projet. Je regarde des sites de réservation... l'avion? Ça serait cool, mais trop cher! En auto? J'ai conduit jusqu'au New Jersey il y a deux ans et je ne me vois pas du tout dans la circulation de Manhattan. Élise me dit que le train qui part d'Albany NY met deux heures trente pour se rendre à Penn Station et que la gare est à deux heures trente du campus. C'est cinq heures de brassages, mais l'idée du train me plaît et je suis certain qu'elle plaira au garçons qui ne l'ont jamais pris. Choisir une date... bon ben disons dans deux semaines. Puisqu'il en faut une! OK. L'hôtel. Je n'y connais rien. Les prix me semblent invraisemblables et comme je ne veux pas me faire chier dans la circulation, je me risque dans un hôtel en plein Time Square. Le Milford Plaza que ça s'appelle. Ce n'est pas donné : une chambre avec deux "twin beds" pour deux nuits : 400$. Bon. On n'ira pas à toutes les années. On fonce! J'appuie sur "OK", je sors ma carte de crédit et hop! ça y est, l'hôtel est réservé. Même processus avec les billets de train et nous voilà planifiés pour la grande virée. J'annonce ça aux gars qui sont fous de joie.