dimanche 31 juillet 2011

Extrait de Saint-Denys Garneau

C'EST LÀ SANS APPUI


Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise
Et mon pire malaise est un fauteuil où l’on reste
Immanquablement je m’endors et j’y meurs.

Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l’équilibre impondérable entre les deux
C’est là sans appui que je me repose.

-Hector de Saint-Denis Garneau, Regards et jeux dans l'espace

Variation future

Je le ferai jusqu'à m'épuiser. Personne n'est mort d'avoir aimé jusqu'au bout. L'espoir m'accompagne, la foi n'est pas loin, le désir est omniprésent.

J'attendrai jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à attendre. Jusqu'à la certitude du vide.

Je n'en voudrai à personne. Pas même à moi.

Et si ça revient --parce que je sais que c'est encore là-- je resterai calme. Je me dirai que tout ça n'aura pas été vain.

Je le bougerai mon corps. Je le perdrai, mon poids. Je la balancerai par la fenêtre ma drogue. Je les monterai les montages. Je les ferai les voyages.

Nous rirons ensemble.

samedi 30 juillet 2011

Lettre à Virginie

Salut Virginie,

J'espère que ton été se passe bien. Si je me fie aux dernières photos que tu as laissées sur Facebook, tu as passé de magnifiques vacances avec ton amoureux. Christian qu'il s'appelle, c'est ça? Bref, tu semblais bien heureuse dans le Parc de la Mauricie et je suis certain que tu conserveras d'excellents souvenirs de ton séjour.

Tu dois bien te demander pourquoi je t'écris... En fait, j'ai envie de te faire des excuses. Ça me travaille depuis quelques semaines, voire quelques mois et je sens que j'ai besoin de te présenter des excuses. Pour quoi? Pour avoir tenté de te contaminer avec mon cynisme, mon défaitisme et ma perte de confiance en la chose humaine. Je me sens un peu comme Saint-Paul qui a une révélation sur le chemin de Damas...

Remise en contexte. Nous sommes à la fin décembre. Tu es dans les déboires de séparation avec ton ex qui te fais des misères. Peut-on attendre autre chose d'un drogué, alcoolique, manipulateur violent par-dessus le marché? Nous sommes tous là, dans le groupe de théâtre, à te supporter, à t'encourager, à te dire qu'il faudra bien que ça se règle à un moment donné, en même que que tous soulagés que tu te sois sortie de cette relation toxique... jusqu'à ce que tu annonces que tu as un nouvel amoureux. "Quoi?"se dit pas mal tout le monde, "elle n'a pas compris? Elle sort à peine d'une relation et elle se lance dans une autre? C' qu'elle est impulsive cette fille!". Je faisais partie de ces gens qui croyaient ça... et je le crois toujours. Tu es une bombe à retardement. Pire, tu manipules inconsciemment des explosifs. Mais bon. C'est ta vie, tu fais ce que tu veux avec qui tu veux... même si tes amis doivent parfois ramasser les dégâts de tes frasques dramatiques, parce que ça, tu sais y faire!

"Et ce nouveau gars, c'est qui?" Tu nous as dit qu'il s'appelait Christian, qu'il était super gentil, fin, attentionné, mais qu'il avait déjà une blonde. Bon. Pas de jugement moral là-dessus! On fait ce qu'on veut à l'âge qu'on a, mais ne trouves-tu pas, Virginie, que c'est un peu tordu comme histoire? Que tu t'embarque souvent dans des histoires tordues? C'est ce qu'ont dit les copains... je t'épargne les détails des commérages qui se sont faits entre nous. Des commérages bienveillants, certes, à peine des médisances genre "Pauvre Virginie! Elle va encore s'aplatir la gueule dans une histoire impossible! Puis son mec... il est pas sérieux! Il a beau jeu: il se tape deux filles en même temps, il ne choisira pas et elle se retrouvera encore le dindon de la farce". Au fond, on te connaît, Virginie et tous tes amis savent à quel point tes histoires prennent une tournure tragique.

Quelques semaines plus tard, tu nous apprends que Christian s'en va passer les fêtes au Costa-Rica... avec son ex. Parce que oui, il s'était enfin décidé le gus! Il t'avais choisi... croyait-il. Mais il a senti le besoin de vérifier quelque chose... de confirmer... de valider tu nous disais. Et pour ce faire, il avait choisi d'aller la rejoindre.

C'en était trop. Je trouvais ça complètement nul. Je me disais que s'il t'aimais, s'il t'aimais vraiment, il n'avait pas besoin d'aller vérifier s'il aimait encore l'autre! Je me disais surtout qu'encore une fois, tu te faisais niaiser d'aplomb ma belle Virginie! Que tu ne comprendrais jamais rien à rien! Qu'au fond, t'aimais ça souffrir! J'ai même un un clavardage avec toi sur Facebook dans lequel j'étais particulièrement acrimonieux, où je te disais que ben oui, c'est ça. Y va la retrouver, va se rendre compte qu'il l'aime encore... la quittera et toi tu seras là en attendant. Tu m'as dit que ça avait l'air de m'affecter pas mal cette situation. Ça te surprenait, même... Avec le recul, je peux dire que oui, ça m'affectais parce que j'en avais marre de voir des histoires d'amour pathétiques, des gens qui n'arrivaient pas à se décider et je m'incluais là-dedans. Mon célibat - chasteté de trois ans aidant, je voyais la relation de couple comme un concept de plus en plus abstrait, inaccessible, compliqué, chiant.

Et c'est là que je veux te présenter mes excuses.

Je t'ai jugé, j'ai jugé Christian à tort et à travers. Sans savoir. Sans vivre la situation. Parce qu'il est revenu, Christian et que c'est avec toi qu'il est maintenant. Je ne sais pas quelle tournure prend votre relation, si vous filez la parfait bonheur ou si vous traversez des moments cahoteux... mais il n'en demeure pas moi que c'est toi qu'il a choisi. Comme quoi c'était possible et que mon cynisme n'avait pas sa raison d'être.

Comme si Dieu, le karma, le destin ou je sais pas quoi voulait se venger, c'est moi, aujourd'hui, à 42 ans, qui suis dans la situation dans laquelle tu te trouvais il y a quelques mois. Sauf qu'elle n'arrive pas à choisir. Peut-être que Christian avait épuisé sa réserve d'amour pour son ex et que le choix s'est imposé à lui, mais la femme que j'aime, elle, n'a pas épuisé sa réserve pour son ex. Oh le réservoir a bien été abîmé, mais si ce qu'il y a dedans tiens toujours... Donc me voilà, depuis quelques mois déjà, en attente, comme tu l'étais, torturé comme tu l'étais, à me demander ce qu'il adviendra de nous, de moi sans elle, d'elle sans moi, d'elle avec ou sans lui...

Franchement Virginie, j'aurai appris à ne plus juger les situation qu'on ne vit pas.

Sois heureuse.

Malgré tout

L'air est si doux, la lumière est si belle et le vent... il s'en fout le vent. Il vente.

C'est une trop belle soirée pour ne pas la vivre à tes côtés.

Tu seras donc en moi... en mon âme et conscience, en mon coeur éprouvé, fatigué, lassé, mais pourtant heureux... imbécile heureux!

lundi 25 juillet 2011

Sais-tu?

Le sais-tu?

À quel point j'ai envie de crier que je m'ennuie? Que j'ai envie de toi? Que tu me manques? Que mon coeur bat la chamade quand je pense à toi? Que je pense toujours à toi? Que j'ai peur que mon désir t'étouffe? Que ton silence assassine? Que ma parole déborde?

Le sais-tu?

Que je veux t'embrasser? Que je veux te baiser? Que je veux ce que tu veux?

Le sais-tu?

Que quand je dors avec toi je voyage? Que quand je pense à toi, je vois le plus beau film?

Le sais-tu?

vendredi 22 juillet 2011

Fabrique d'émotions

J'emporte mon incertitude et un souvenir d'amour  Je les lasserai aux portes de la ville en espérant que l'une s'en aille et que l'autre m'attende.

J'emporte le goût que tu me donnes de grandir et l'angoisse que j'ai de te perdre. L'un entrera avec moi dans la ville, l'autre attendra dans un recoin sombre de ma mémoire. Elle s'éteindra peut-être.

J'emporte un moment de ma vie que je ne pourrai jamais oublier.

J'en porte les conséquences, les brûlures, les douleurs, la suavité, l'ivresse.

Que vienne la simplicité, la spontanéité, le goût de nous, comme il vient, comme il va.

lundi 18 juillet 2011

Nocturne

À tous les minuits, la même chose.

Je me dis qu'une autre journée sans toi vient de passer et que les jours avec toi arriveront. Cet instant présent m'en fait espérer un autre où je me soulerai de ton odeur.

Je n'ai que ton image; elle s'incruste, se grave, s'imprime à jamais dans ma mémoire.

Je veux te voir vieillir.

Je garderai néanmoins cette image de toi que je suis le seul à voir. J'ai un don! La vie m'a fait le don de toi.

L'attente cruelle, telle un bloc, me pèse. Je fais de ce monolithe une sculpture de nos âmes. Âmes de pierre, impérissables. Le bloc s'allège, la poussière de pierre s'envole.

Mon amour, mon âme, mon coeur, ma pierre.

dimanche 17 juillet 2011

Variation adverbiale

Trop. Trop chaud cette attente. Trop stagnante. Trop loin. Trop.

Pas assez maintenant. Pas assez tout de suite, là.

Plus. Plus de toi, maintenant, là. Jamais assez de toi, là. Jamais trop de toi.

Là. Ici. Ailleurs. Partout.

mardi 12 juillet 2011

Rituel rassurant

Ils jouaient au badminton. Il était sept heures, samedi matin et ils jouaient au badminton sur le trottoir. Un trottoir de luxe! Les américains savent faire des trottoirs : rue, un mètre de gazon, trottoir, terrain, maison. On s'y sent en sécurité sur ces trottoirs... assez pour y jouer au badminton en couple, un samedi matin.

Peut-être que chez eux, en chine, ils ne peuvent jamais jouer au badminton dehors... Ou peut-être encore le font-ils tous les jours? En fait ça ressemblait étrangement à un rituel du matin pour ce couple de sino-quinquagénaires.

La dame semblait calme, mais le monsieur, lui, se donnait à fond et lorsque le volant ratait la raquette de sa partenaire de jeu et qu'il se retrouvait par terre, il poussait un "yes" --en mandarin sans doute-- bien senti avec un petit mouvement de poing fermé vers le haut et d'avant-bras qui tire une poignée. Comme quoi on peut être compétitif en tout temps et en toute circonstance.

J'ai décidé de contourner leur terrain de badminton. Avaient-ils un filet et des lignes imaginaires? Je ne crois pas. À quoi bon s'embarrasser de limites quand on vit avec la même personne depuis si longtemps?

lundi 11 juillet 2011

Variation impérative

Dors. Repose-toi, repais-toi, refais-toi.

Ne pense pas trop, je le ferai pour nous deux.

Mais ne m'oublie pas.

Dors. Laisse-toi, laisse-moi, laissons-nous. Dire, faire. Nous dire, nous faire. Encrons-nous et voguons le plus loin possible.

jeudi 7 juillet 2011

Variation conditionnelle

Je prendrais cette partie du ciel de cette belle nuit et je te la donnerais, dans une belle boîte en carton opaque, pour que chaque étoile scintille encore quand tu l'ouvrirais.

Cette odeur de parfum qui s'échappe des arbre qui bordent le sentier qui mène chez-moi, je t'en ferais cadeau dans une bouteille que j'aurais trouvée par terre.

Cet air si frais, si doux, si vivifiant, je le garderais pour le répandre dans la chambre où nous ferons l'amour.

Cet été sans toi, ce supplice, cette attente, tout ça sera derrière nous bientôt.

lundi 4 juillet 2011

Variation interrogative

Comment cohabiter avec ses démons? Quoi leur dire pour qu'ils se calment? Où les cacher pour qu'ils se perdent? Qui décide et pourquoi? Quand trouve-t-on le repos, le recul, la capacité de dire : "je me moque de l'avant comme de l'après"? Avec quoi subjuguer cette peur, ce vide, ce trop plein, cette rage?

Pourquoi recommencer là où d'autres ont échouer? Et si tout n'était qu'illusion? Tout passera, ne laissera rien, ni personne?


dimanche 3 juillet 2011

La nuit la plus longue

Je la redoute par son mystère. Répare-t-elle? Enivre-t-elle? Porte-t-elle conseil?

Elle dure une éternité.

Je la veux furtive, passagère, loin derrière.

Elle ouvre grande sa porte au simulacre qui prend ses aises en s'incruste.

Je la veux terminée, réglée, derrière.

vendredi 1 juillet 2011

Pourquoi je t'aime

Parce que des lumières éteintes depuis longtemps se sont rallumées.

Parce que les souffles, les fluides et les épidermes se mélangent bien.

Parce que là, en ce moment, j'ai un petit point au plexus. Un mélange d'angoisse et d'excitation.

Parce que je veux voir ce qu'il y a là-bas, après l'horizon, l'autre horizon qui mène à un des horizons.

Parce que j'ai envie d'apprivoiser l'infini.

Parce que je n'y comprends rien et que je veux que ça continue.

Parce que tu m'as hameçonné.

Parce que je suis assommé.

Parce que.