mercredi 29 juin 2011

Michelle

Elle a 32 ans.

Une bonne catholique de 32 ans qui a dû vivre quelques expériences sexuelles insignifiantes ou malheureuses, qui sait, mais qui s'est résolue à se refaire une virginité.

Elle veut son homme. Il se trouve quelque part dans une université américaine, britannique, française, suédoise, peu importe, mais elle le veut. Diplomate il sera. C'est décidé depuis au moins deux ans.

En l'attendant, elle fait bien attention a son corps de bonne catholique américaine de 32 ans. Elle se garde bien de faire la morale aux autres, mais elle prie pour eux. Pour qu'ils sortent de cette idée de bonheur qu'ils se font en se soûlant et en s'envoyant en l'air (ivres la plupart du temps).

Elle prie. Lit la Bible de Jérusalem en français.

Elle étudie également. Politique internationale. La voie royale qui la mènera à son mariage princier avec... le diplomate. Ou consul. Ou même attaché d'ambassade, elle pourrait s'en contenter. Du moment qu'il parle plus d'une langue, parce qu'ils parleront beaucoup. Ils feront peu l'amour. Le nécessaire et un peu plus peut-être, au début, mais de toute façon, ils seront souvent séparés. Il voyagera! Elle aussi d'ailleurs et pas forcément en même temps que lui.

Bien sûr qu'ils auront des enfants!

En attendant, elle étudie. En France, aux États-Unis... elle parle français. Elle a même appris à bien prononcer, à la parisienne, mais par pure coquetterie, elle se garde un petit accent anglais. Les R. Ils sont restés américains, ses R. Elle les conserve ainsi pour ne pas trop s'éloigner de son identité quand elle parle français avec des Français.

À tous les repas, elle se signe. Furtivement, mais elle se signe. Nom du père au front, nom du fils au nombril, du Saint sur l'épaule gauche et de l'Esprit sur l'épaule droite. Oui, c'est la même personne, mais ça aide à décomposer le geste. Elle baisse la tête quelques secondes et attaque sa bizarre d'assiette.

Elle est au réfectoire, à l'université. Elle se compose des assiettes à l'image de ce qu'elle a dans le cerveau: un peu de verdure, un peu de pommes de terres en purée, quelques tomates, du jambon préparé roulé (deux tranches), une poignée de maïs, quelques cubes de tofu et tant d'autres petite chose qu'on ne distingue plus très bien le repas. Cette composition baroque sera délicatement ingurgitée, après la prière et malgré ce bordel de nourriture, tout est calculé savamment. Parce qu'elle court.

Le jogging pour maintenir le corps qui doit bien compenser pour un visage assez ordinaire, voire pas très standard de beauté américaine. Le tenue de jogging est serrée, ajustée, pensée. Elle l'a choisie avec soin. Qui sait, elle rencontrera peut-être un diplomate qui, comme elle, mange, prie, court.

Michelle a 32 ans. Elle attend. Elle a tout son temps. Et elle est gentille avec tout le monde. Tellement qu'elle semble aseptisée. Mais dans sa tête, il y a le même bordel que dans son assiette. Elle a appris qu'elle avait un déficit d'attention. Ce qui la rend atypique. Comment arrive-t-on à bien prier avec un déficit d'attention? Bien sur, Dieu est bien au-dessus de tout ça, mais tout de même! Et comment a-t-elle pu faire toutes ses études avec ce déficit d'attention qui l'a si souvent fait passer pour une étourdie, voire une idiote qui oubliait tout? Dieu? Probablement.

En fait non. C'est le désir de rencontrer son diplomate.

Connaît-il seulement sa chance?

Continue Michelle. Mange, prie et cours.

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