samedi 30 juillet 2011

Lettre à Virginie

Salut Virginie,

J'espère que ton été se passe bien. Si je me fie aux dernières photos que tu as laissées sur Facebook, tu as passé de magnifiques vacances avec ton amoureux. Christian qu'il s'appelle, c'est ça? Bref, tu semblais bien heureuse dans le Parc de la Mauricie et je suis certain que tu conserveras d'excellents souvenirs de ton séjour.

Tu dois bien te demander pourquoi je t'écris... En fait, j'ai envie de te faire des excuses. Ça me travaille depuis quelques semaines, voire quelques mois et je sens que j'ai besoin de te présenter des excuses. Pour quoi? Pour avoir tenté de te contaminer avec mon cynisme, mon défaitisme et ma perte de confiance en la chose humaine. Je me sens un peu comme Saint-Paul qui a une révélation sur le chemin de Damas...

Remise en contexte. Nous sommes à la fin décembre. Tu es dans les déboires de séparation avec ton ex qui te fais des misères. Peut-on attendre autre chose d'un drogué, alcoolique, manipulateur violent par-dessus le marché? Nous sommes tous là, dans le groupe de théâtre, à te supporter, à t'encourager, à te dire qu'il faudra bien que ça se règle à un moment donné, en même que que tous soulagés que tu te sois sortie de cette relation toxique... jusqu'à ce que tu annonces que tu as un nouvel amoureux. "Quoi?"se dit pas mal tout le monde, "elle n'a pas compris? Elle sort à peine d'une relation et elle se lance dans une autre? C' qu'elle est impulsive cette fille!". Je faisais partie de ces gens qui croyaient ça... et je le crois toujours. Tu es une bombe à retardement. Pire, tu manipules inconsciemment des explosifs. Mais bon. C'est ta vie, tu fais ce que tu veux avec qui tu veux... même si tes amis doivent parfois ramasser les dégâts de tes frasques dramatiques, parce que ça, tu sais y faire!

"Et ce nouveau gars, c'est qui?" Tu nous as dit qu'il s'appelait Christian, qu'il était super gentil, fin, attentionné, mais qu'il avait déjà une blonde. Bon. Pas de jugement moral là-dessus! On fait ce qu'on veut à l'âge qu'on a, mais ne trouves-tu pas, Virginie, que c'est un peu tordu comme histoire? Que tu t'embarque souvent dans des histoires tordues? C'est ce qu'ont dit les copains... je t'épargne les détails des commérages qui se sont faits entre nous. Des commérages bienveillants, certes, à peine des médisances genre "Pauvre Virginie! Elle va encore s'aplatir la gueule dans une histoire impossible! Puis son mec... il est pas sérieux! Il a beau jeu: il se tape deux filles en même temps, il ne choisira pas et elle se retrouvera encore le dindon de la farce". Au fond, on te connaît, Virginie et tous tes amis savent à quel point tes histoires prennent une tournure tragique.

Quelques semaines plus tard, tu nous apprends que Christian s'en va passer les fêtes au Costa-Rica... avec son ex. Parce que oui, il s'était enfin décidé le gus! Il t'avais choisi... croyait-il. Mais il a senti le besoin de vérifier quelque chose... de confirmer... de valider tu nous disais. Et pour ce faire, il avait choisi d'aller la rejoindre.

C'en était trop. Je trouvais ça complètement nul. Je me disais que s'il t'aimais, s'il t'aimais vraiment, il n'avait pas besoin d'aller vérifier s'il aimait encore l'autre! Je me disais surtout qu'encore une fois, tu te faisais niaiser d'aplomb ma belle Virginie! Que tu ne comprendrais jamais rien à rien! Qu'au fond, t'aimais ça souffrir! J'ai même un un clavardage avec toi sur Facebook dans lequel j'étais particulièrement acrimonieux, où je te disais que ben oui, c'est ça. Y va la retrouver, va se rendre compte qu'il l'aime encore... la quittera et toi tu seras là en attendant. Tu m'as dit que ça avait l'air de m'affecter pas mal cette situation. Ça te surprenait, même... Avec le recul, je peux dire que oui, ça m'affectais parce que j'en avais marre de voir des histoires d'amour pathétiques, des gens qui n'arrivaient pas à se décider et je m'incluais là-dedans. Mon célibat - chasteté de trois ans aidant, je voyais la relation de couple comme un concept de plus en plus abstrait, inaccessible, compliqué, chiant.

Et c'est là que je veux te présenter mes excuses.

Je t'ai jugé, j'ai jugé Christian à tort et à travers. Sans savoir. Sans vivre la situation. Parce qu'il est revenu, Christian et que c'est avec toi qu'il est maintenant. Je ne sais pas quelle tournure prend votre relation, si vous filez la parfait bonheur ou si vous traversez des moments cahoteux... mais il n'en demeure pas moi que c'est toi qu'il a choisi. Comme quoi c'était possible et que mon cynisme n'avait pas sa raison d'être.

Comme si Dieu, le karma, le destin ou je sais pas quoi voulait se venger, c'est moi, aujourd'hui, à 42 ans, qui suis dans la situation dans laquelle tu te trouvais il y a quelques mois. Sauf qu'elle n'arrive pas à choisir. Peut-être que Christian avait épuisé sa réserve d'amour pour son ex et que le choix s'est imposé à lui, mais la femme que j'aime, elle, n'a pas épuisé sa réserve pour son ex. Oh le réservoir a bien été abîmé, mais si ce qu'il y a dedans tiens toujours... Donc me voilà, depuis quelques mois déjà, en attente, comme tu l'étais, torturé comme tu l'étais, à me demander ce qu'il adviendra de nous, de moi sans elle, d'elle sans moi, d'elle avec ou sans lui...

Franchement Virginie, j'aurai appris à ne plus juger les situation qu'on ne vit pas.

Sois heureuse.

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