dimanche 25 septembre 2011

Ma vie tranchée mince -- Elle ne sait pas

Je revenais aux études, à 19 ans, après avoir végété et piler - dépiler des boîtes chez K-mart pendant deux ans et demie... Cette fois-ci, c'était du sérieux: j'allais faire mon DEC et qui sait, aller à l'université pour étudier... je ne savais pas encore en quoi, mais je me disais que je pourrais faire un bon prof. De secondaire, tiens. J'étais assez doué avec les ados et je me débrouillais bien en français. Mes deux ans et demie de de prolétaire m'ont prouvé que je cherchais de la nourriture intellectuelle, alors pourquoi pas joindre tout ça et aller étudier en littérature.

Quand je suis arrivé au cégep, pour la deuxième fois, j'étais un modèle d'assiduité. Il s'agissait de s'être cassé les dents une fois sur le mur des études pour ne pas recommencer. J'ai débuté ma première session en janvier et j'y ai maintenu une posture monacale. Je faisais mes lectures d'avance, remettais mes travaux d'avance et tout semblait si simple. Il suffisait de suivre le mode d'emploi.

J'avais des connaissances, plus jeunes que moi bien entendu, qui fréquentaient le cégep, dans un cheminement "normal" et je me collais un peu à eux pour l'aspect social de mon passage.

Mon amie Josée m'a donc présenté Nathalie. Elle avait peut-être dix-huit ans, je ne sais plus... elle était fort jolie, menue, délicate... en apparence. Parce que derrière sa beauté, elle cachait un caractère combatif, voire vindicatif pour toutes les causes, la sienne comme celles des autres.

Elle me fascinait.

Je la voyais mener de main de maître une réunion d'association étudiante et je trouvais cela... sexy. Une fille de tête, quoi.

Je n'arrive pas à me souvenir comment nous avons commencé à être intimes, probablement que Josée avait un peu joué l'entremetteuse, mais nous avons fini par nous embrasser et faire l'amour, un soir, chez moi dans mon appartement du Centre-Ville. Alors que nos lèvres allaient se rencontrer, elle disait "je sais pas". Elle a dû répéter ça au moins dix, quinze fois avant que nos langues fassent connaissance.

Elle hésitait.

Ne savait pas quoi au juste?

Si j'étais le bon mec pour elle? Si elle était prête à avoir un chum? Si elle avait envie de baiser? Si elle n'était pas certaine d'éprouver quelque chose pour moi et que ça me ferait éventuellement de la peine?

Elle a bien fini par céder. Enfin je dis "céder", mais je ne forçais pas à la manière d'un viol! Même que du haut de mon pucelage, je n'avais même pas envisager de faire l'amour avec elle... pas à ce moment-là en tout cas. Eh oui! À 19 ans, je n'avais pas encore vraiment connu la douceur de la caverne de satin, pour paraphraser Richard Desjardins. Je dis presque, parce que quelques années auparavant, une Véronique que je fréquentais m'avait permis de m'y aventurer, mais sans protection et c'était vraiment ma toute première fois. J'avais tellement peur qu'elle soit enceinte, des maladies ou je ne sais trop qu'à peine entré je suis sorti légèrement traumatisé. Mes expériences sexuelles se résumaient donc à du pelotage, de la masturbation mutuelle ou du sexe oral. Je ne m'en trouvais pas plus mal, mais quand même légèrement complexé...

Si bien que Nathalie m'invita en elle d'une façon si douce, si naturelle que la félicité m'a envahie dès notre premier rapport sexuel. Ça y était. J'étais accroché, pour de bon. Elle ne se doutait pas qu'elle venait de m'ouvrir les portes du paradis.

Elle ne me fascinais plus. J'en étais carrément amoureux, éperdu. J'aurais fait n'importe quoi pour elle.

J'en avais même oublié qu'elle "ne savait pas"...

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