- L'enseignante de français de Plus-Jeune a tout de la première de classe. Toute petite, discrète, l'air délicat et soignant son langage. Elle parle du beau français et ça plaît. Seule ombre au tableau: les niveaux. Les osties de niveaux. "Au niveau de l'écriture, ça va assez bien pour Plus-Jeune, mais l'organisation semble difficile. On travaille beaucoup au niveau des retards, mais en général, il s'en sort bien au niveau académique".
Petit soupir intérieur. Petit-Chiant au fond de moi meurt d'envie de lui dire qu'elle a un tic de langage, mais ça serait pas très bon au niveau des relations avec Plus-Jeune.
- À l'école de Plus-Vieux, mon ancienne école, on n'a qu'à ramasser le bulletin. Résultats satisfaisants, pas la peine d'aller voir les valeureux --sans ironie-- enseignants déjà bien débordés de parents exaspérés par l'attente de se faire dire qu'un peu d'effort et d'attention rehausseraient les résultat de leur progéniture. Ben oui, on l' sait, Jean Charest l'a dit qu'on s'en occupait pas assez. Mais t' sé, quand les deux parents travaillent, courent pour se reposer...
- Toujours à l'école de Plus-Vieux, je m'assois pour attendre l'enfant revenir de sa sortie au skate-park. C'est long. Devant moi, une fille... une femme dans la mi-vingtaine plutôt, attend de recevoir des parents. Son partenaire --appelons-le Raymond-- lui parle et elle l'écoute. Patiemment. Elle opine discrètement, répond brièvement, joue bien son rôle de jeune prof. Non seulement le la trouve jolie, mais je suis certain de la connaître. Mais bon, elle ne constitue peut-être que le gabarit de la jeune prof discrète, bien mise, genre Virginie, quoi. En consultant la liste des noms de profs de ce corridor, ma certitude se confirme de plus en plus. Je mets donc en branle une stratégie de rapprochement. J'attends 21h10, moment où elle s'apprête à quitter, pour lui adresser la parole en lui demandant, avec tout le bagou, le sex-appeal et la répartie qui me caractérisent :
- S' cuse, mais c'est bien toi, Marie-Chose Tructruc?"
- Oui...
- On se connaît. Je t'ai enseigné en 1999 au Séminaire de Sherbrooke...
- Euh... Ah oui! Ben oui, ça va bien?
- T'étudiais en techniques juridiques, non?
- Bonne mémoire!
(Bon. Non, elle n'a pas dit ça. J'eusse voulu qu'elle le dise pour que mon scénario-dialogue fût parfait, mais rien n'est jamais parfait.)
- Oui, mais j'ai changé de branche, j'ai étudié en littérature. C'est un peu grâce à Collègue et toi que j'ai choisi de finalement étudier ce que j'aimais.
- Donc tu enseignes le français?
- Oui et ces jours-ci, je suis dans la poésie. Je me suis justement souvenue que tu nous faisais écouter des chansons en classe. Je fais ça moi aussi!
Le reste de la converse relève de la banalité, mais disons que ça fait un peu du bien à l'ego. Ce genre de reconnaissance prend le pas sur le "Maudit qu' ça va vite. Je vieillis, c'est rendu que mes étudiants enseignent et me disent que j'étais leur modèle".
Pour le retour à Sherbrooke --ben oui, tout ça se passait à Granby-- j'ai écouté-imposé la troisième période à la radio.
Vive la poésie.
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