- Tu sais Papa ce que j'ai aimé le plus de notre voyage à New York?
- Le Hard Rock Café? (Ouais parce que j'ai payé 40$ de billets pour le Musée d'histoire naturelle où y se sont fait chier pendant 2h30 et la veille, ils ne voulaient plus décoller du mythique restaurant de Time Square où étaient exposés, entre autres choses, des artefacts des Beattles.)
- Non... c'est quand on est revenus en auto de Albany à Middlebury. Je trouvais ça cool. On a bien ri.
Colin a bien raison. Mes enfants sont dans l'adolescence. Malgré toutes les horreurs qu'on peut dire de cette période "ingrate", selon le cliché, je trouve que les échanges et les conversations ont davantage de potentiel intéressant que lorsqu'ils avaient 6, 8 ou 10 ans. Leur conscience du monde grandit et je peux y contribuer à ma manière; leur jugement s'affine et là encore, le rôle du parent peut s'avérer primordial. J'aime bien cette transition vers l'âge adulte et je crois qu'ils bénéficieront de ces moments que nous fabriquons ensemble.
Bref, nous avons bien rigolé pendant le retour. Première constatation: mon silencieux est bel et bien mort. Ça s'entend. Une fois sur l'autoroute, j'ai peur que ça se voit; je prie de tout coeur Saint-Christophe --le patron des conducteurs y paraît-- qu'un morceau de ferraille ne traîne pas sur l'asphalte, créant sa traînée d'étincelles. Malgré le kekling keklang que j'entends clairement, je me dis que ça doit bien tenir en place puisque personne ne me fait de grands signes. Mais les Américains sont si individualistes que peut-être ne se préoccupent-ils pas du sort des pauvres conducteurs qui perdent leurs morceaux...
L'aiguille de l'essence embrasse le E de l'indicateur. Colin, comme une femme, me dit qu'on devrait peut-être aller faire le plein. Comme un homme, je lui répond que nous sommes bons pour un bon trente kilomètres encore... mais comme il en reste plus de 200 à parcourir, j'arrête à la première station service venue. Inspection sommaire du silencieux : rien ne traîne par terre. Rassurant. Nous faisons le plein d'essence et de cochonneries à manger pour continuer ce périple qui nous mène de l'état de New York à celui du Vermont. J'ai la curieuse impression de rentrer chez-moi alors qu'il n'en est rien. Serais-je devenu Vermontois?
Arrivé dans l'état de la holstein, mon GPS me fait prendre un bizarre de chemin. De l'autoroute à la route fédéral, ça va. De la route fédérale au chemin de campagne ça peut aller également. Mais là, il me jette carrément dans un chemin de terre sans balises, sans indication aucune, sinueux et côteux à souhait. Il m'écrit que j'en ai pour une dizaine de kilomètre de ça. Bon... je lui fais confiance; après-tout, ne voit-il pas, comme un dieu, tout du ciel? Mais quand même, je perds un peu patience, surtout lorsqu'un chevreuil se pointe le bout du nez, attiré par les phares --et le bruit?-- de cet imbécile qui vient troubler sa nuit. Je lâche parfois en "Ben voyons donc, calvaire, quessé ça?" qui fait un peu rire les enfants parce que je les rassure en disant que nous ne sommes pas perdu grâce à ce con de GPS qui nous a fait passer par une "trail"... Mais tout de même. En plus, avec mon silencieux déglinguer, je ne sais pas comment je me sortirais de là s'il arrivait quelque chose : pas de maison, de ferme, encore moins de circulation. Rien. Le Tom-Tom --c'est le petit nom du GPS-- m'a envoyé dans la cinquième dimension et je n'ai qu'à espérer la traverser sans heurts. Ce qui finit par arriver. La bonne vieille Route 7 revient et là, je suis sûr que nous mettons le cap directement sur Middlebury.
Vers minuit, nous voici arrivé à bon port. Ça y est. Je l'ai fait. J'ai pu voir qu'il était possible de voyager seul avec mes enfants. L'exercice n'aura pas été vain. Malgré la fatigue, je trouve que ça valait le coup. Comme toujours dans ces situations-là je me dis : "Mais pourquoi j'ai attendu si longtemps avant de faire ça? De quoi j'avais peur? Pourquoi je ne me fais pas davantage confiance?".
Vaut mieux tard que jamais...
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