mardi 2 août 2011

Tiens-la, ma main... (Comment tout ça n'a jamais commencé)

Je n'ai jamais vraiment eu de vacances avec mes parents. Oh bien sûr, aller chez mes grands parents les fins de semaine, quelques jours l'été, partir chez des amis et coucher là, oui... mais des vrais vacances dans le genre on fait les valise, remplit l'auto et on part pour une semaine en camping, non. Pas de souvenirs en tout cas.

En fait, je crois sincèrement que ma soeur et moi étions une forme d'embarras pour nos parents. Bien sûr qu'ils ont fait du mieux qu'ils ont pu, qu'ils n'étaient pas de "mauvais parents", bien au contraire, mais cet aspect de la cellule familiale n'a jamais été tellement valorisée chez moi. Et puis pour se payer des vacances, ne serait-ce qu'une semaine en camping, il faut l'argent et ça, il n'en pleuvait pas. Nous n'avons jamais souffert de quelque carence que ce soit, mais j'ai su très vite que nous  ne faisions pas partie de la classe des nantis. Et y avait le temps. Les vacances de mon père, c'était deux semaines par année... quand ça faisait au moins un an qu'il travaillait au même endroit, ce qui était rare avant les années 1980 parce qu'il y avait tant de travail disponible qu'il pouvait changer à sa guise pour quelque chose de mieux et après parce qu'il y a eu la crise de 1982 pendant laquelle il alternait le chômage et les petits emplois surnuméraires.

Mon père a fini par se trouver un travail stable et relativement payant comme routier. Au début il faisait des voyages d'un jour, mais rapidement il est passé au longues-distances. Des voyages de trois jours. Parti le dimanche soir, revenu le mardi, reparti le mercredi matin et revenu le vendredi. Ma mère semblait s'accommoder assez bien de la situation; elle organisait sa vie non pas de femme au foyer, mais de femme autonome. Elle tenait un petit salon de coiffure clandestin --tellement drôle cet épithète-- à la maison et s'occupait de l'entretient intérieur et extérieur de notre modeste maison mobile. J'ai su très tard qu'en fait, elle s'ennuyait parfois, trouvait cela difficile quand mon père partait. C'était notre réalité et on vivait avec sans trop savoir comment les parents la vivaient.

Je n'irais pas jusqu'à dire que nous étions de trop, comme enfants, mais j'ai la ferme conviction que mes parents on eu des enfants par automatisme. Comme ils se sont mariés par automatisme, parce que c'est comme ça qu'il fallait procéder si on voulait ne pas finir ses jours seuls. S'aimaient-ils? Avaient-ils eu d'autres expériences amoureuses avant de se connaître? Je ne l'ai jamais su et ne l'ai jamais demandé. Mais je doute qu'ils aient beaucoup vécu. Ma mère sortait de sa campagne à 18 ans pour suivre un cours de coiffure dans une ville moyenne et mon père n'avait pas fini son secondaire et cumulait déjà beaucoup de petits métiers à 19 ans. Ils se sont rencontré, fréquenté, marié. C'est tout ce que j'en sais. Croyaient-ils qu'ils étaient faits l'un pour l'autre? Avaient-ils de grands projets ensemble? J'en doute. Tout ça relevait d'une fatalité qui n'avait rien de tragique, mais d'une fatalité tout de même.

Il paraît que j'étais un enfant "facile". Mais aussi facile soit-il, un bébé demande beaucoup. Encore davantage à deux jeunes démunis sur le pilote automatique de l'existence. J'ai su, il y a quelques années déjà, que mes parents étaient partis en vacance quelques jours et qu'ils m'avaient fait gardé chez mes grands-parents, à la campagne. Ma grand-mère m'a dit que j'avais deux semaines. Deux semaines. C'est jeune. Ma grand-mère m'a raconté ça pour expliquer l'eczéma excessif dont j'ai souffert toute mon enfance et une bonne partie de l'âge adulte et dont mon fils cadet souffre également. Deux semaines. Sans vouloir être mélo, je crois que j'ai souffert d'un traumatisme d'abandon qui ne m'a jamais quitté depuis. Ma grand-mère étant un véritable paquet de nefs, cela n'a dû en rien aider à passer à travers ce séjour.

Ils avaient besoin d'être seuls. De se retrouver. C'est normal. Mais à deux semaines? On voyait vraiment les bébés comme des tubes digestif qu'il faut nourrier et auxquels il faut changer les couches de temps à autre à cette époque. Toujours est-il qu'ils les ont pris leurs "vacances sans enfant" et après, c'éatit le retour à la vie normale. Après ça a toujours été la même chose : ma soeur et moi nous faisions garder par mes grands-parents pour qui, en tant qu'agriculteurs, le concept de vacances n'existait pas.

Passer des vacances "en famille" relève donc pour moi de l'abstraction la plus totale, si bien que lorsque j'ai eu des enfants, je me demandais bien comment on s'y prenait pour ce faire. Leur mère et moi étions étudiants, avions des horaires très variables et travaillions l'été, donc encore ici, partir en vacances ne me manquait pas. En fait, ça m'arrangeait plutôt; comme je ne savais pas comment m'y prendre, notre situation financière précaire me fournissait la voie d'évitement rêvée pour éviter de me confronter à cette corvée. Parce que c'est ainsi que je le voyais: une corvée. Une sorte de déplacement de sa misère, surtout avec deux bébés. Je ne voyais pas où était ce fameux "temps de qualité" dont on parle tant dans les magazines de psychologie enfantine. L'idée d'organiser des sorties en camping ou même chez des amis, à l'extérieur, me terrorisait; enfants qui dorment mal et parents qui dorment mal, fatigue, tout ça pour quoi? Pour se "reposer"? Mon oeil!

Seulement voilà. Mes enfants ont grandi, je ne suis plus avec leur mère depuis 10 ans et je n'étais toujours pas parti avec eux en vacance. Je n'ai jamais vraiment organisé un voyage. Nous avons bien passé des journées au parc aquatique l'été, fait des sorties au zoo, été à la "roulotte" de mes parents qui était à la campagne, chez ma soeur, mais tout ça se faisait dans un confort relatif et un encadrement assez habituel.

Depuis quelques années, j'avais trouvé le compromis idéal : travailler à l'extérieur de chez moi l'été tout en amenant mes fils avec moi. Pour eux, c'était un peu exotique et moi je n'y perdait pas au change; j'étais payé pour passer l'été sur un campus universitaire au Vermont. Le décor est enchanteur à souhait, si bien qu'on se croirait dans un roman de John Irving, l'endroit est hyper sécuritaire et les activités y sont abondantes. Cependant, ce ne sont pas de vraies vacances puisque j'y travaille... Mais bon, le compromis est un peu là tout de même.

Cette année, j'ai décidé de faire le grand saut : partir trois jours avec mes fils à New York. Pour moi, c'était énorme comme projet. Je regarde des sites de réservation... l'avion? Ça serait cool, mais trop cher! En auto? J'ai conduit jusqu'au New Jersey il y a deux ans et je ne me vois pas du tout dans la circulation de Manhattan. Élise me dit que le train qui part d'Albany NY met deux heures trente pour se rendre à Penn Station et que la gare est à deux heures trente du campus. C'est cinq heures de brassages, mais l'idée du train me plaît et je suis certain qu'elle plaira au garçons qui ne l'ont jamais pris. Choisir une date... bon ben disons dans deux semaines. Puisqu'il en faut une! OK. L'hôtel. Je n'y connais rien. Les prix me semblent invraisemblables et comme je ne veux pas me faire chier dans la circulation, je me risque dans un hôtel en plein Time Square. Le Milford Plaza que ça s'appelle. Ce n'est pas donné : une chambre avec deux "twin beds" pour deux nuits : 400$. Bon. On n'ira pas à toutes les années. On fonce! J'appuie sur "OK", je sors ma carte de crédit et hop! ça y est, l'hôtel est réservé. Même processus avec les billets de train et nous voilà planifiés pour la grande virée. J'annonce ça aux gars qui sont fous de joie.

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