Dans un cocon, on ne voit pas le temps passer. Ainsi, la nuit a fait place au jour sans qu'on ne s'en aperçoive et lorsque je regarde mon iPod, je constate qu'il est déjà 11h. Réveillez-vous les gars, on a une journée à New York qui nous attend!
Premier défi : trouver un endroit pour manger. Un restaurant de coin de rue offre un comptoir à salade, ce qui permet de constituer un semblant de déjeuner pour Colin qui, tout d'un coup, apprécie les pois-chiches! Ah bon! Tant mieux, belle découverte!
Le but de la journée : le sud de l'Île de Manhattan. Élie veut voir Ground Zero (je comprends pas trop pourquoi mais s'il y tient...) et moi je veux prendre le traversier qui mène à Staten Island (ya pas davantage de raisons valides que de vouloir voir Ground Zero, mais puisque j'y tiens...). Je veux qu'ils voient Canal Street, le China Town, la Petite Italie. Un gros programme en perspective.
Pour se rendre là, on prend le métro. Quelques interrogations avec les distributeurs automatiques plus tard, nous voici sur le quai pour notre métro. Un peu sinistre comme endroit, mais une fois dans les wagons, ça va. On est loin de l'image que j'avais des films des années 1970 - 1980 dans lesquels on voyait des wagons remplis de graffitis. Le système est étonnamment simple à NY et en quelques minutes, nous sommes sur Canal Street qui grouille de monde. La quantité de cochonneries à vendre est vraiment impressionnante. Ici, tout peut se marchander, mais je suis un très mauvais négociateur. Les gars sont impressionnés par la foule. Moi ce sont les odeurs qui m'impressionnent. Ce mélange de charbon de bois, d'épices moyen-orientales, de poubelles et de hot-dog rappelle toutes sortes de choses. La journée est torride et il fait déjà au-delà de trente degrés. Parfois, en passant devant une boutique, on sent une fraîcheur qui s'en échappe, comme si ou voulait rafraîchir le dehors, mais très vite, la pesanteur revient et on sent que la journée sera longue.
Je cherche un chapeau, mais je n'ai pas une tête à chapeau. J'en essaie de toutes les sortes; trop petits, ne tiennent pas. Trop de cheveux je crois. Il faut pourtant que je me mette quelque chose sur la tête sinon je cuirai, c'est certain. Je me résigne à acheter un ridicule chapeau style Guilligan, mais c'est bien en désespoir de cause.
Je propose aux gars de nous aventurer dans le quartier chinois. Les étalages de canards m'impressionnent toujours et j'ai envie de m'en prendre quelque uns.
- Pouah! Ça sent le zoo!
La réflexion d'Élie a quelque chose de vrai et d'authentique. Il s'y connaît puisque nous venons tous d'une ville de zoo. L'odeur est effectivement prenante, à se demander si ce qui se trouve dans les soupes n'était pas vivant pas très loin il n'y a pas pas très longtemps.
Élie cherche un cadeau pour l'anniversaire de sa mère et explique cela à la vendeuse chinoise qui ne peut réprimer un "Oooooooh!" admiratif. Elle lui montre son étalage de pacotilles et il finit par lui acheter un petit collier ou je ne sais trop. Arrêt dans un magasin de skateboard --planche à roulettes pour faire enrager mes ados-- donnant une occasion à Élie de se créer un besoin de "bearings", question de dépenser 40$ vite fait.
Il faut remplir les bouteilles d'eau; ingurgiter des litres et des litres d'eau sans aller pisser constitue assurément un signe de risques de déshydratation. Les vendeurs feront fortune aujourd'hui, mais je ne me résout pas à acheter de l'eau, ayant déjà lu que l'eau de la ville de New York est une des meilleures en Amérique!
Nous avons assez vu les marchands du temple, il est temps de continuer notre pèlerinage vers la pointe de l'île. Retour dans le métro et arrivée dans le secteur de Ground Zero. Un gros chantier. Oui, on peut s'imaginer les tours debout, l'impact que ça a dû être quand les avions sont entrées, mais tout ça relève un peu de l'abstraction quand même. Il y a un projet de mémorial, mais je n'ai pas tellement envie de m'y attarder. Je préfère qu'on admire les églises, l'architecture de ce secteur de la ville.
Nous marchons une dizaine de coins de rues pour nous retrouver dans Battery Park, un bel espace vert situé en pleine ville. Repos des jambe, ravitaillement pour le gosier et direction le traversier. Dans la foule qui attend, plein de Français et de... Québécois. Exotique à souhait. J'entends une guide québécoise expliquer à son groupe qu'il est préférable d'aller en haut, à droite dans le traversier, question de voir la Statue de la liberté. Je profite donc de ce conseil gratuit et sur le fleuve Hudson, nous profitons du vent et de la vue sur la ville pour aller à Staten Island. Petite pause pour manger là --tiens un autre 20$ envolé!-- et retour vers Manhattan dans un autre traversier. Cette fois-ci, les gars s'installe en avant, à la poupe. Une belle activité pas chère et agréable.
Au retour, nous voyons une sorte d'amuseur public qui joue de la batterie avec des objets hétéroclites. Seaux de plastique, grilles de four, casseroles, porte-serviettes de restaurant, tout lui sert à se confectionner un instrument qui sonne étrangement bien. Parfois, un enfant s'aventure près de lui. Il tend une baguette, l'enfant la prend, cogne sur un seau et le gars suit le rythme imposé par le petit. Le gars semble vraiment dans son truc et il suscite l'admiration. Je ne sais pas combien il récolte en une journée, mais il a assurément un beau spot pour exercer son art.
Nous décidons de retourner vers le notre hôtel via le métro. Nous y sommes en moins de trente minutes. L'hôtel devient une sorte de refuge, un chargeur à pile. Une occasion de se reposer le corps entièrement. La chambre est exiguë, mais elle est fraîche et nous permet de nous refaire un peu. Il est 17h et je sens qu'on a besoin de se poser un peu avant de nous dénicher un souper.
Nous ressortons vers 20h pour une soirée Time Square. Contemplative cette fois-ci. Pas comme hier alors que j'étais épuisé, lessivé et à bout de nerfs! Mais d'abord se trouver une place pour manger. En descendant la sur la 6e Avenue, nous tombons sur un restaurant Europa qui fait, entre autres, des pâtes avec les ingrédients de notre choix. Le cuisinier se prend une poêle et fait sauter le tout devant nous. Parfait pour Colin puisque nous pouvons contrôler ce qui entre dans la composition de la recette. Nous commandons chacun notre ration de nouilles à toutes sortes de choses, récupérons le tout, mais personne à la caisse. Eh ben! On paiera peut-être plus tard... Mais personne ne nous interpelle et nous sommes assez loin de la caisse enregistreuse. De plus, un imposant groupe de Québécois --décidément, pas moyen d'avoir la paix nulle part!-- vient d'arriver, ce qui crée un brouhaha autour de la cuisine et de la caisse.
- Bon ben les gars, on s'en va!
- On paie pas?
- Tant pis pour eux autres. Ils avaient qu'à être mieux organisés!
Nous filons à l'anglaise et marchons vers le prochain coin de rue. Le pas de Colin s'accélère. Il me dit qu'il a un peu peur de se faire rattraper. Je lui dit de ne pas s'en faire, qu'ils étaient déjà assez occupés comme ça et que de toute façon, on peut déjà se perdre dans la foule. OK, je sais que c'est un peu croche ce que j'ai fait, mais il s'agit d'une sorte de pied de nez à cette ville excessive en tout, y compris dans les prix pour la nourriture. J'ai économisé un bon trente dollars et en plus, on a pu manger assis à une table! Tout une aubaine!
Retour à la 7e Avenue, sur Time Square. L'effet ne rate pas. Élie regarde partout, un sourire étampé au visage. Il prend des vidéo avec son iPod de façon compulsive. La soirée est chaude --au-delà de 25 degrés-- et la foule est dense énervée, électrique. Colin me tient la main, comme quand il avait trois ans, cinq ans, six ans, neuf ans... en fait, il n'a jamais arrêté de me tenir la main. Maintenant qu'il a treize ans, du poil aux pattes et au menton et la voix aussi grave que la mienne, je ne sais plus trop quoi penser de ça. Mais dans les circonstances je comprends son besoin et je préfère qu'il me tienne la main que de le perdre. Tiens-là, ma main... je finirai bien un jour par regretter ce moment-là. Élie, lui, avance, fonce, se sent déjà New-yorkais. Je l'interpelle toutes les trente secondes, mais rien n'y fait. je dois donc expliquer le "buddy system" à mes fils : contact visuel constant, s'assurer que nous sommes tous là, s'attendre. Ça marche un peu, mais je sens que ça ne sera pas facile à maintenir.
Chaque coin de rue devient une aventure et nous croisons plein de phénomènes bizarres et étranges. Ici un noir de 6 pieds, musclé au possible, qui fait ses exercices sur le coin de la rue; il est torse nu et offre son impressionnante musculature en spectacle. Là un groupe de noirs que je soupçonne faire partie des "Black Muslims"hurle sa propagande au coin de la rue. La curiosité arrête quelque passants, l'indignation ou l'admiration en arrête d'autres, mais personne ne s'y attarde trop longtemps. Le "naked cowboy" apparaît, des amuseurs se trouvent un peu partout, c'est New York chaude, bouillante, en fusion.
Nous allons sur la place publique de Time Square nous asseoir dans les estrades qui servent d'aire de repos et nous contemplons. Je regarde mes enfants qui regardent la ville. J'ai un moment de fierté de leur offrir ce moment. Notre fabrique à souvenir fonctionne à plein régime et nous rentrons à l'hôtel, repus d'action et de dépaysement.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire