mardi 2 août 2011

Tiens-la, ma main... (Le départ)

Pendant toute la semaine qui a précédé notre voyage à New York, j'ai regardé régulièrement les formulaires de réservations de l'hôtel et du train. Hôtel Milford Plaza... où déjà? 8e Avenue coin 44e rue. OK. Penn Station est sur la 8e Avenue, coin 36e rue. Ça se marche bien. Google Map me dit que ça prends 15 minutes à pied. On est bons! On arrivera en plein dans le feu de l'action et les gars en auront plein la vue dès le départ.

Le train est à 6h15. On peut donc partir après dîner, vers 14h... on arrive à Albany vers 16h30, à 17h --il y a peut-être de la circulation, qui sait... c'est la capitale de l'État de New York après tout!-- on récupère nos billets tranquillement et au pire, on attendra un peu! "On ira voir passer les trains" comme disait Brel dans "Les bonbons".

Il fait chaud. Horriblement chaud. Alerte à la canicule dans les médias et le collège demande de régler les climatiseurs à 21 degrés, pas moins. Ils ferment même la climatisation de certains bâtiments à la demande de la compagnie d'électricité de l'État. C'est du sérieux. On entre les bagages et on part dans cette chaleur suffocante. Qu'importe, on a la clim dans la bagnole!

Les deux heures trente d'auto se font assez bien grâce au GPS, mais je sens que je fais de plus en plus de bruit; c'est officiel, mon silencieux ne silence plus. Dans quel état se trouve-t-il? Je n'ose pas aller voir. De toute façon, je veux arriver à la gare le plus vite possible pour me stationner. En fait, la gare n'est pas à Albany, mais à Rensealer, une banlieue. Je laisse la voiture assez loin de la gare comme telle pour six dollars par jour. Raisonnable! Allez, on sort nos sacs et on se dirige vers le terminal. Je suis tout fier de sortir ma petite feuille avec un code à barre pour la faire numériser par une machine qui me crachera les billets! Biiip. Rien. Biiip. Encore rien... Bon... allons voir au guichet.

- Monsieur, votre train était prévu à 16h15 et il est déjà parti depuis une bonne heure.
- Quoi?
- Ben oui, regardez, là, sur votre feuille! 16h15, départ.

Les Américains ne fonctionnent pas tellement avec ce système de 24 heures. Ils préfèrent généralement dire 4h15 PM. Alors moi, le con, pendant toute la semaine, j'ai lu 6h15 au lieu de 16h15.

- Oui... bon... (J'ai Colin qui capote à côté) mais y a bien un autre train qui part plus tard pour New York, non?

Et là, la personnalité de celui ou celle qui peut potentiellement arranger le problème entre sérieusement en jeu. Je me rappelle cette fois où j'ai fait réparer un tuyau de renvoie dans mon plafond de salle de bain. Le plombier qui travaillait là-dedans sacrait, disait "ostie, ça marchera pas ça... Ouain ouain ouain.... pas évident d'avoir une aut' pièce de même... ça s' fait p'u ça fait longtemps". Si bien qu'à le regarder, on aurait cru que rien ne sera plus jamais drainé dans la maison. Que j'étais condamné à jeter mes eaux usées par la fenêtre. Le guichetier de Rensealler faisait donc comme le plombier, mais avec son ordinateur : "OK... minute... Clac clac clac clic... mmmmmmm non... ça marche pas ça... Ouais... Ah non. Non. À moins que..." TABARNAK, tu me l' diras quand t'auras réglé l' problème! En attendant, trouve, merde!

- Le prochain avec trois places de disponibles part à 6h45.
- J'imagine que je dois payer un supplément?
- Clac clac clic mmmmm mmmbon... Oui. 75$.

Rendu là, on ne se pose plus de questions et on paye. Mais il n'est que.... 5h30. On en a pour un bon bout à sécher ici. Je décide de faire contre mauvaise fortune bon coeur puisque bon, 18h45, c'est seulement trente minute de plus que ce je croyais au départ. Donc on s'en sort pas si mal au bout du compte. Si seulement on était dans une ville, on pourrait sortir, mais il n'y a rien autour de cette gare. Rien. Alors allons manger. En fait, allons nous faire arnaquer avec des sandwiches infects à 7$ et des salades fanées tout aussi dispendieuses. Et Colin qui ne peut rien manger à cause des restrictions alimentaires. Et même là, parfois je trouve quelque chose et il n'en a pas envie. Puis-je lui en vouloir? Non, mais tout de même, ça met un obstacle de plus à l'existence.

Donc vingt minutes et vingt-cinq dollars plus tard, nous voilà en attente pour le train de 18h45. On s'assoit et heureusement, nous avons chacun un jouet électronique pour nous amuser, prendre nos messages --au moins on a le wi-fi gratuit-- passer le temps comme on peut. Mais qu'il est long quand on attend. Interminablement long. Et dehors, il fait toujours aussi chaud.

Le chef de gare donne un bon spectacle. Il se promène de long en large de la salle d'attente et de temps en temps il prend son micro. Il me rappelle une des rares fois où j'ai été dans un club de danseuses nues; le portier était également l'annonceur. Il faisait entrer les clients, récoltait le pourboire après avoir désigné la table, appuyait sur le bouton "on" de son micro et annonçait : "C'était pour vous messieurs la délicieuse Shanny! Et maintenant, accueillons la succulente Maureen! On vous rappelle que pendant le spectacle de Maureen, le fort est à trois dollars!" Le chef de gare faisait un peu la même chose avec des intonations dans la voix en donnant des informations sur les arrivées et les départs des différents trains.

Et justement, il y avait des changements à cet égard. Comme il faisait très chaud (près de 40 degrés), le chef de gare nous apprends que les trains doivent rouler à basse vitesse ce qui occasionnera, on s'en excuse, quelques retards. En consultant le tableau des arrivées et des départs, je constate qu'on annonce quinze minutes de retard pour notre train. Bof. Pas si mal... mais à peine quelques minutes plus tard, c'est vingt minutes, puis une demi-heure, puis trois quart d'heures... Les retards des différents trains s'accumulent et les voyageurs également. De quelques-uns, nous passons à plusieurs dans la salle d'attente.

Les gars sont patients. Colin est anxieux et moi je fulmine. Je fulmine contre moi, contre mon mauvais sens de l'organisation. J'en viens même à me dire que j'ai sans doute voulu --inconsciemment bien sûr--
saboté ce voyage.

C'est finalement après une heure quinze de retard que le train pour New York arrive.

Nous montons et... déception. Je m'attendais à voir des banquettes face à face avec une table (on peut rêver!) mais non! Un vulgaire wagon dont l'intérieur ressemble à un non moins vulgaire autobus de voyageur. Quelqu'un m'avait dit de prendre un siège à droite pour voir le paysage puisque ce train longe le fleuve Hudson. On a bien réussi à se faufiler à droite... mais entre deux vitres. Donc pas moyens de rien voir. De toute façon il se faisait tard et le jour tombait.

On s'assoit donc sagement chacun dans sa banquette, le train se met en branle et nous voilà parti pour New York.

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