Les deux heures trente de train se sont transformées en trois heures. Le confort est très relatif et le jour descend vite, si bien que rapidement, nous basculons dans l'obscurité. Sauf que les néons du wagon restent allumés, ce qui énerve Colin qui demande s'ils les éteindront. "Probablement" que je réponds, mais sans trop y croire parce que j'entends dans un américain des plus nasillards : "Prochain arrêt dans environ vingt minutes. Veuillez sortir vos billets... etc. etc.". Les lumières resteront probablement allumées.
Pas d'Internet à bord. Tant pis. On peut lire, jaser, dormir... mais je suis trop exténué pour dormir et la banquette n'offre pas vraiment de confort pour ce faire. Je choisis donc d'attendre. Que le temps passe. Qu'on arrive.
Petite visite au wagon restaurant qui vend son sac de chips 3$ et sa bouteille d'eau 4$ et flop! un autre 20$ de parti! À mesure qu'on approche de la ville, les tunnels se font plus nombreux, les ralentissements également.
Nous voici donc à Penn Station. Et sortant du train nous étouffons. Vite! S'extirper de ce sous-terrain au plus vite! Sortie de la gare sur la huitième avenue.
Premier choc : le monde. Il y en a partout. Beaucoup. Ça grouille de monde. Je dois repérer l'hôtel : 700 Huitième Avenue. Je ne suis pas un champion de l'orientation et je me méfie de mon intuition. Je me risque donc dans une direction sans en être tout à fait convaincu. Ça va, les adresses montent.. nous sommes à plus ou moins 400. On marchera un petit moment encore, avec nos bagages, à travers la foule.
Second choc : l'odeur. Ça sent franchement les vidange dans cette rue. Il est passé 23h et les commerçant balancent tout sur le bord du chemin et on marche à travers ça. Mais ça sent davantage que les ordures... ça sent le vomi. Comme si les restes de bouffe dans les sacs avaient commencé à s'auto-digéré... C'est frappant, écoeurant, mais on est à New York! On avance... nous avons passé les 600 et mon sac se fait lourd, comme la température qui n'a pas descendu. Il faut au moins 30 degrés malgré la nuit. Nous y voilà: 700. Le Milford Plaza Hotel. C'est ici que j'ai claqué 400$ à distance il y a deux semaines. On devine rapidement qu'il s'agit d'un énorme hôtel, mais qu'on n'est pas dans le luxe, loin de là. Qu'à cela ne tienne, je voulais ça central, ça ne peut l'être davantage! Je dis aux gars, qui crèvent de chaleur et de fatigue eux aussi, qu'on se lancera dans la piscine aussitôt qu'on aura déposé nos bagages dans la chambre.
Troisième choc : l'hôtel.
- Vous avez demandé une chambre avec deux lits jumeaux".
- Oui madame, c'est exact"
- Mais vous êtes trois?
- Où est --plutôt qui est-- le problème?
- C'est qu'il n'y a que deux places. Ce sont des lits simples.
- Oh! Ben... Z'avez pas des chambres avec des lits doubles? Je paierai le supplément...
- Non Monsieur, c'est complet.
- Bon ben... pas le choix. On fera avec... Et la piscine est où.
- On n'a pas de piscine Monsieur.
OK. Restons zen. Voyons ça comme une petite aventure qu'on vit entre gars. On s'organisera bien! On patentera quelque chose pour qu'un d'entre nous couche par terre... pas plus compliqué que ça!
Quatrième choc : la chambre. On monte neuf étages. En entrant dans la chambre, un petit corridor de deux mètres, un placard à droite, une salle de bain à gauche et la pièce, avec ses deux lits simple. Pas de canapé, de petit bureau... deux lits simples, une télé à tube devant, à peine de l'espace pour circuler et une table de nuit séparant les deux lits qui n'a même pas de bible dans le tiroir! Décidément, nous sommes tombés sur un drôle d'hôtel. Une unité murale de climatisation semble fonctionner à peu près, mais ça n'a rien du frigo. Solution dodo : on retire un matelas qu'on met entre les deux lits et Élie se sacrifie pour dormir sur le sommier... J'essaie de lui arranger quelque chose, de réunir toutes les couvertures qui ne serviront pas pour attendrir un peu sa couche... il semble s'en accommoder assez bien. Je sens qu'il sait que je suis un peu à bout, que son frère, plutôt psychorigide, refusera de coucher sur du "dur", alors il accepte de se sacrifier. C'est vraiment un chouette garçon... et c'est vrai que je suis un peu à bout, mais tout de même, j'ai envie qu'on sorte : nous avons faim et les sandwiches de Rensealer sont bien loin.
Cinquième choc : Time Square. Quand j'y suis allé pour la première fois il y a deux ans, j'ai été ébloui, impressionné. La même chose est arrivée aux enfants. Élie prenaient des photos avec son iPod et il avait un grand sourire d'accrocher au visage. Je l'entendait se dire, dans sa tête: "Ayoye! Quand j' vas raconter ça à mes chums! Quand y vont voir mes photos!". Après quelques minutes sur la septième, je me met en quête de nourriture.
Les allergies alimentaires de Colin nous empêchent de nous agripper un kebab ou un hot-dog sur le coin de la rue. Bien dommage! Nous prenons une rue au hasard et tombons sur un resto où on vend du poulet BBQ. Habituellement ça ne cause pas trop d'ennuis pour les allergies, mais je veux être sûr de mon coup. Alors je discute avec le gars au comptoir du take-out, un Indien à l'accent très fort. Je lui demande des renseignements sur le mode de cuisson, sur les ingrédients... on finit par se comprendre à peu près et je commande mon demi-poulet. Il encaisse --un autre 20$ prend le bord-- et nous donne un numéro. Il y a une impressionnante circulation dans ce resto à deux étages. Ça entre, ça sort... en groupe de jeune qui font beaucoup, beaucoup de raffut... On attend un bon 20 minutes sur une banquette de bois, dans l'entrée du resto. Finalement, la poule arrive. Direction hôtel, mais Élie, voulant un peu d'exotisme, veut absolument aller au... McDonald's! "Quoi? T'es dans Time Square pis tu veux aller au McDo?". Ça a l'air que oui. Il est près d'une heure du matin et je n'ai pas la force de m'obstiner. Vas-y te le chercher ton trio shit-burger...
Nous rentrons à l'hôtel et nous mangeons, Colin et moi notre poulet, Élie son McDo assis chacun sur notre lit. La scène est un peu surréaliste, mais néanmoins reposante.
Douche obligatoire pour tout le monde et on éteint tout.
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